Aventures (2)

Paco fixe ses doigts, suis les courbes que tracent le crayon qu'il manipule. Assis en
face de lui, Hubert patiente. De l'autre côté des vitres, ses collègues ne cessent de
zieuter dans sa direction. Finalement, le directeur bredouille:
<< - Je crois vous devoir des félicitations pour samedi. La méthode employée n'est pas
dans les habitudes bancaires, c'est vrai, mais au moins elle est très efficace.
Évidemment, cela va entraîner un afflux de clients que nous devrons refouler….vous
saurez certainement leur faire comprendre… j'ai toute confiance en votre jugement.
- Excusez-moi, vous voulez dire que je devrais me charger de refuser les demandes
d'ouverture de compte formulées par ces pauvres gens?
- Oui, en effet. Maintenant, ils vous estiment. Le bouche à oreille fonctionne très
bien chez eux.
- Je me permets de vous rappeler que les ouvertures de compte sont de votre ressort.
- Oui, mais…. Écoutez, je préfère que nous reparlions de tout cela plus calmement.
Pouvez-vous rester un peu ce soir?
- Pas de problème, Monsieur. >>

Durant la pause déjeuner, Hubert confie, sur un ton enflammé, à Fortuné:
<< - Paco! L'homme fait homme! Idéal de virilité! Paco un œil doux, un sourire
enjôleur! Je l'aime comme un fou! Paco l'inaccessible! Paco mon paradis impossible!
Paco mon fantasme inassouvi! Paco mon rêve le plus doux, mon cauchemar le plus
affreux! Paco je l'aime! Mais il ne m'entend pas, ne me voit pas. Préoccupé uniquement
de jupons, de mamelles, de chattes, il m'ignore. Il parle à tous propos de sa femelle,
me la place toutes les cinq secondes afin que je n'oublie pas qu'il broute le con!
Mais moi je suis là, haletant, fébrile, dès qu'il me frôle, me regarde, me sourit.
Chaque jour on se croise. Chaque jour on se parle. Chaque jour nous vivons côte à
côte. Cette litanie traîne dans mon crâne, sans cesse amplifiée, remodelée, révisée,
hante mon esprit, s'en empare; scie irritante, usante.

Qu'il est doux d'aimer, quand
cet amour est partagé! C'est bien vrai. Mais cela devient cauchemardesque quand ce
sentiment reste à sens unique. Dans le cas présent, Paco ne sait rien de ce que je
souffre à cause de lui. Tout au plus croit-il que je veux le mettre dans mon lit,
histoire d'avoir une conquête de plus. S'il savait qu'il s'agit d'amour pur, non: de
passion… Que n'ai-je, le jour où je l'ai rencontré pour la première fois, été victime
d'un accident! Je ne sais pas… un toit qui s'écroule sur ma tête! Au lieu de cela, mes
yeux clignaient, éblouis par tant de lumière; mon cœur palpitait à tout rompre à en
faire exploser ma cage thoracique; mes jambes flageolaient préférant s'esbigner que de
supporter un 100% par l'amour, par ce Paco altier, jouisseur, heureux de
lui. Cet instant là reste à jamais gravé dans ma mémoire. Je n'ai nul besoin de me
fatiguer à reconsti le tableau. J'ai comme une photo dans ma tête. >>

Rieur, Fortuné applaudit le dithyrambe, apprécie:
<< - C'est plus de l'amour, tu en es malade, mon poussin! Il n'y a qu'un remède:
donner satisfaction à tes sens! Tu verras, une fois ceux-là apaisés, tout rentrera
dans l'ordre. Ce soir, culbute-le dans la salle des coffres! L'odeur du fric donnera
encore plus de piquant à votre sauterie.
- Tu plaisantes, mais il n'y a pas de quoi! Je suis malheureux, mon bichon, très
malheureux.
- Malheureux peut-être mais ça ne te coupe pas l'appétit! Tu as un sacré coup de
fourchette. Tu compenses, probablement… >>

L'après-midi traîne en longueur. Chacun regarde sa montre en soupirant. De temps à
autres, Fortuné va dans le bureau d'Hubert, sous un prétexte quelconque, lui prodigue
des conseils entre deux plaisanteries.

Paco ne semble pas s'intéresser à son travail. Il ne cesse de ruminer la même phrase:
<< - Je veux me barrer d'ici! >>

Il pense à Lise.
Il l'épouserait presque si elle décidait de le rejoindre ici, juste
le temps de trouver un autre poste1! Au lieu de cela, elle trouve maintes excuses pour
ne pas venir, ne serait-ce qu'un week-end. Aurait-elle un autre amant? Paco enrage!
Lui, depuis qu'il dirige cette maudite agence, n'a pas tiré un coup, pas vue une paire
de nichons, pas tâter le moindre centimètre de pubis féminin! Oh, les jolis petits
lots ne manquent pas! Mais les couteaux vengeurs non plus! Et puis, draguer parmi la
clientèle, cela ne se fait pas… tout au moins ses aînés dans le métier le proclament
partout.

La porte est fermée, plus de client. Les employés quittent les lieux après un petit
signe en guise d'au revoir. Hubert s'applique à simuler un travail urgent à terminer.
Paco range ses dossiers, les mêmes qu'il déplaçait un moment plus tôt.

*****

Hubert pénètre dans le bureau de son chef. Ce dernier lui montre un siège. Hubert
s'assied. Paco pose ses fesses sur un coin de son bureau, face à Hubert qu'il domine.
Ils ne savent que dire. Alors, poussé par un sorte de besoin de vérité, Hubert tend
une main vers la braguette tout proche de lui, raisonne:
<< - Je n'ai plus baisé depuis que je te connais, ou presque. Je suis fou, je te veux
et je t'aurai. Je vais te violer, espèce d'hétéro pur sucre. Tu auras ma langue dans
ta bouche de macho, ma queue la remplacera et après elle ira se foutre dans ton petit
cul vierge. Si tu es sage, si tu te laisses bien enculer, je te promets que tu pourras
me baiser une fois que j'en aurais fini avec ton trou. Je te sucerais que tu en
gueuleras à t'en péter les cordes vocales. Tu vas jouir comme jamais, tes ongles me
laboureront la chair pendant que ta prostate explosera sous mes coups de bite. J'en ai
trop envie, plus rien ne compte, il y va de ma survie. >>

Tout en parlant, Hubert se lève, yeux quasiment exorbités, malaxe la braguette d'un
Paco subjugué, envoûté, inerte comme hypnotisé.
Il voudrait réagir, ne bouge pas. Seul
son cerveau lui transmet une vérité: il bande sous les doigts de son subordonné. Son
corps frémit à ce contact: depuis le temps qu'il attendait une telle sensation. Il
entend le zip de la braguette, il sent les doigts se glisser par l'ouverture. Il voit
la tête d'Hubert s'approcher de son bassin. Il comprend que des lèvres enserrent sa
queue en totale effervescence. Un mec lui taille une pipe et il aime! Il ne réfléchit
plus, il savoure! Une de ses mains se pose sur la tête de son suceur, caresse
l'abondante chevelure qui pourrait laisser penser à celle d'une femme. Il ferme les
yeux, s'imagine Lise lui administrant une fellation. Lorsque les paupières s'ouvrent,
il note, sans surprise aucune, qu'il s'agit d'un homme, de son principal
collaborateur, d'un pédé. Il laisse son corps à ce mec, le lui abandonne.
Hubert comprend qu'il a gagné. Seulement, il ne doit pas perdre le maigre avantage
acquit. Un regret peut toujours faire reculer l'hétéro 200% pur sucre! Aussi ne
ménage-t-il pas ses efforts, s'applique-t-il plus que jamais dans son pompage de bite.
Profitant de ce que l'autre s'envole au septième ciel, il lui baisse pantalon et slip,
lui retire la veste, soulève chemise et t-shirt une fois la cravate envolée. Cette
prouesse gestuelle effectuée, il ne cesse de balader sa main libre sur le corps ainsi
dénudé. Sans même s'en apercevoir, Paco achève le déshabillage, se retrouve à poil,
debout, pantalon sur les chevilles, la queue dans la bouche d'un Hubert aux anges qui
procède à son propre déshabillage. Le sucé gémit à plusieurs reprises:
<< - Que c'est bon, la vache! Y'avait longtemps que j'attendais ça! Les femmes
n'aiment pas, les connes! Continue, petit pédé! Avale bien ma queue avant que je te la
foute dans le cul! >>

Voilà une perspective qui rassure le "petit pédé", constatant que ses bons soins
portent leur fruit.
Maintenant, il peut clamer sa victoire, intérieurement dans un
premier temps, vocalement ensuite lorsqu'il verra Fortuné. Il juge le temps venu de
pousser un peu plus avant l'aventure. Toujours à genou devant son supérieur, savourant
cette bite aux dimensions très raisonnables, il avance subrepticement deux doigts,
humidifiés par la salive, vers la rondelle. Les coquins effleurent à peine l'anus qui
se contracte sous l'effet de la surprise puis se détend sous les bienfaits de la
caresse inconnue. Paco éructe de nouvelles apostrophes ordurières, sur un ton de celui
qui prend son pied:
<< - Putain de pédé, je vais t'éclater la rondelle! Suce encore un peu, la fiotte,
après tu passes à la casserole! Oublie pas les boules, là… passe bien ta langue sur
mes grosses couilles pendantes… comme ça… bon petit pédé obéissant. T'auras ta
récompense promis, juré! >>

Selon Hubert, le Paco est prêt pour des plaisirs partagés! Le tout est de ne pas
l'achever trop vite. D'un mouvement rapide, il bouscule son directeur, se positionne
derrière lui, active sa langue sur et autour de l'anus. L'autre clame sa satisfaction
de se faire bouffer le cul. Une telle fiesta sensuelle ne lui avait jamais été
prodiguée! Du coup, il se cambre, jette ses deux mains sur la tête d'Hubert qu'elles
plaquent entre les deux fesses velues mais joliment rondes et fermes. Il glousse, de
bonheur, le 200% hétéro pur sucre, émettant une bordée d'onomatopées plus salaces les
unes que les autres. L'esprit totalement accaparé par le plaisir du moment, il ne voit
pas arriver la pelle qui l'empêche de proférer de nouvelles paroles. Il comprend
qu'une langue de mâle fouille sa bouche, qu'une main le branle, qu'un doigt titille
son cul. Il répond au baiser baveux. Il ne pense plus, seule la jouissance
l'intéresse. Il met un terme à plusieurs semaines de disette, seul cela compte. Il s'y
adonne avec passion. Bientôt, sans s'en rendre compte, il participe mieux aux ébats.
Ses doigts folâtrent sur le corps d'Hubert. Ses lèvres s'attardent sur les seins
d'Hubert. Il plaque son corps contre celui d'Hubert. Il glisse sa bite contre celle
d'Hubert. Les deux braquemarts coulissent l'un contre l'autre. Une voix douce,
légèrement haletante, murmure:
<< - Je vais te baiser en premier. Après, t'auras mon cul. >>

Paco ne s'étonne pas de la tournure des événements comme si tout cela était normal,
ordinaire.
Hubert ajoute:
<< - Promis, j'irai doucement. Si tu ne supportes pas, dis-le et j'arrête de suite. >>

Paco opine par geste, incapable de prononcer une seule parole, tant le moment lui
semble irréel. Il va se prendre une bite dans le cul, il laisse faire! Hubert se
positionne derrière lui, lui fait signe de se pencher et de s'appuyer sur le bureau.
Un petit soubresaut annonce l'application de gel sur sa rosette. Paco ne pense même
pas à s'assurer d'une mise à couvert de la queue de son enculeur, faute de connaître
ce genre de sexualité! Heureusement, Hubert l'expérimenté devrait s'appeler le
prudent! Jamais il n'omet la capote. Par petits à-coups, il entame la pénétration. Il
renouvelle sa proposition de stopper au premier signe. Mais Paco veut aller jusqu'au
bout, se disant qu'il aura essayé au moins une fois, excuse pour ne pas voir qu'il
commence à prendre du plaisir. Cependant, il grimace. L'engin cherche à écarter les
chairs. Le gland ouvre la voie, provoquant au passage quelques brûlures douloureuses.
Paco se prépare à stopper l'avancée de la bite dans ses entrailles lorsque Hubert,
tout ému, susurre:
<< - C'est fait, tu l'as entière entre les fesses. T'es dépucelé du fion, mec. Ça va?
>>

L'autre montre que tout va pour le mieux en tortillant du bassin, ses tripes envahies
par une tornade de jouissances. Il lâche, involontairement:
<< - Ta bite me rend dingue! Encule-moi plus à fond! Pistonne-moi féroce! >>

Complètement libéré de toute hésitation, de tous regrets éventuels, Hubert s'en donne
à cœur joie! Il laboure le fion de son patron, consciencieusement, tout en décrétant:
<< - Prends-en de la graine, mec! Tout à l'heure, faudra que tu me fasses autant jouir
avec ta queue dans mon trou! >>

Paco ahane. Son foutre englue ses doigts. Hubert pousse un gémissement plus fort que
les autres, précipite ses gestes "enculatoires", se contorsionne sous la poussée des
giclées dans la capote. Calmé, il redresse un Paco tout chose qui n'en revient pas de
ce qui lui est arrivé. Passées deux minutes, Hubert, de sa voix la plus douce
possible, mais la plus ferme, formule:
<< - À toi, maintenant, de m'enculer. >>

Machinalement, Paco rétorque:
<< - Suce-moi, j'adore ta langue sur ma bite. La forme revenue, tu l'auras dans le
cul. >>

Aussitôt, débarrassé de la capote bien remplie, Hubert s'attèle à la tâche savoureuse
d'une fellation. Très vite, la queue reprend du volume. Paco va enfin pouvoir baiser!
Il en rêve depuis si longtemps! Certes, il était loin de s'imaginer que ce serait un
mec qui le soulagerait. Mais il n'aurait jamais cru que de telles jouissances étaient
possibles, bien différentes de celles qu'il connaissait à ce jour. La langue enveloppe
son gland, court sur la hampe, soupèse les boules, s'en va hardiment titiller de
nouveau la rondelle afin de calmer le feu dû à la pénétration. Elle revient vers les
boules, remonte la hampe, renouvelle ses gâteries sur le gland. Prenant une initiative
pour la première fois, Paco s'empare de la tête de son amant, lui roule une pelle
inoubliable puis tourne le corps, s'agenouille et enfonce sa langue dans le trou
offert. Hubert râle son plaisir. Deux minutes plus tard, il tend un préservatif et du
gel. Le temps d'harnacher sa queue et Paco présente celle-ci à l'entrée du bonheur. La
porte s'ouvre, le barre de chair pénètre doucement, sans s'arrêter, atteint le fond.
Un soupir prouve l'extase vécue par les deux hommes. Commence alors un limage en
règle, long, attentionné, langoureux, sensuel. On s'allonge sur la moquette, sans se
déconnecter. Hubert, les jambes en l'air, pieds sur les épaules de Paco, le supplie de
continuer, d'amplifier la pénétration. La réponse ne se fait pas attendre. L'assaut se
précise, s'active. Les entrailles s'enflamment. Le foutre gicle, maculant ventres,
visages, sol et inondant la capote. Sans précipitation, Paco se retire d'Hubert. Tous
deux s'allongent côte à côte, s'embrassent, sourires aux lèvres.

*****

Au bureau, dès leur arrivée, Hubert raconte par le menu, à Fortuné, ses ébats avec
Paco.
Les deux compères s'aperçoivent d'un coup de l'absence de leur chef. Hubert s'inquiète
auprès de ses autres subordonnés. Personne n'a de nouvelles. Dix minutes plus tard, le
téléphone sonne dans le bureau du sous directeur qui répond:
<< - Bonjour, c'est moi. Je… ne viendrai plus dans cette agence. Vous comprenez, je me
sens avili, j'ai honte. Je ne veux plus revoir ce lieu où… enfin vous comprenez.
- Non, je ne comprends pas, justement.
- Ne me rendez pas les choses plus difficiles qu'elles ne le sont.
- C'est vous qui les rendez difficile. Vous et moi avons eu un élan l'un vers l'autre.
Et alors? La bonne affaire! L'eau ne s'arrêtera pas de couler sous les ponts pour
autant! Nous en avons tiré un plaisir certain. Je ne vois pas où est le mal.
- Évidemment, pour vous tout est simple. Un…
- Allez-y, dite-le: un pédé! Ne vous gênez pas.
- Je ne sais plus où j'en suis.
- Bon, écoutez, vous n'allez pas foutre votre vie professionnelle en l'air pour un
coup de queue avec un mec. Rappliquez ici, et au boulot! Pour moi, l'envie est
apaisée, l'affaire close. D'ailleurs, remarquez que je vous vouvoie de nouveau. Vous
êtes mon patron et rien de plus.
- Vous le prenez comme ça…
- Bien sûr que je le prends comme ça. On vous attend, grouillez! >>

Sans plus disserter, Hubert raccroche, espérant que l'autre réagira positivement.
Une heure plus tard, Paco pénètre dans l'agence, lunettes de soleil sur le nez. Il
file tout droit dans son bureau tout en lançant un bonjour à la cantonade. À peine
assis dans son fauteuil, il s'empare du téléphone, appelle Hubert qui le rejoint. La
discussion démarre sur des chapeaux de roue:
<< - C'était presque un viol!
- À la bonne heure! Vous reprenez goût à la vie. Viol peut-être, mais la victime était
très consentante. Allez, un peu de sincérité et vous verrez que j'ai raison.
- Je sais, vous avez raison. Je consentais de plein gré et avec grand plaisir. J'en
suis malade de honte, de trouille.
- Ce n'est pas parce que vous avez baisé avec un mec une fois que vous êtes pédé. Vous
faites une généralité d'une exception.
- Oui mais vous m'avez…. Enfin vous saisissez… je ne vais pas vous faire un dessin…
- Je vous ai sodomisé. La belle affaire! Vous êtes monté au septième ciel, c'est le
principal. Pour le reste, on ne va pas le chanter sur tous les toits. Ça n'est pas
écrit sur votre front. Ça ne se lit pas dans vos yeux donc inutile de mettre des
verres fumés quand il pleut … >>

La discussion dure, perdure, s'éternise. L'un larmoie, l'autre console. Tous les
regards des employés se fixent sur le bureau. On se demande la raison de ce long
entretien. Au bout d'une petite heure, rasséréné, Paco déclare:
<< - Je vous envie d'être aussi peu soucieux du qu'en dira-t-on.
- Si je m'en souciais, je me serais suicidé depuis longtemps. Bon, il ne faudrait pas
trop qu'on reste là à bavarder sans fin. On pourrait imaginer une liaison entre nous
deux. >>

Sur ce qu'il pense être un bon mot, Hubert se retire en riant tandis que Paco pousse
un soupir d'exaspération. Ça promet! Toutefois, cette conversation lui a fait le plus
grand bien. Du coup, il appelle Lise, chose qu'il n'avait pas faite depuis près d'une
semaine.

*****

L'apaisement dû aux ébats avec Paco prend rapidement fin. Hubert recommence à zieuter
avec insistance sur un ou deux clients pas dégueu du tout. Cependant, il reste très
prudent. Non qu'il tienne à sa réputation! Elle n'a plus rien à craindre, celle-là.
Mais il tient à son intégrité physique. Il conserve en mémoire les récits, vrais, faux
ou exagérés, d'expériences sexuelles avec les gars des cités. Un peu partout, on
raconte les mésaventures de "céfrans" amateurs de "rebeu" coincés dans une cave et
servant de vide-couilles à toute une ribambelle de mecs bien montés uniquement
soucieux d'éjaculer, et qui, en remerciement, tabassent méchamment ces enculés à moins
qu'ils ne les soumettent à leurs volontés et à leurs bons plaisirs jusqu'à les
transformer en "tepu" pour leurs besoins personnels. Hubert à beau se dire que tout
cela ressort de l'imaginaire, il ne s'en méfie pas moins.
Un beur en particulier attire son attention. Discret, toujours aimable, Ahmed vient
chaque semaine retirer un petit acompte sur le léger pécule mensuel que veut bien lui
accorder la Nation au titre du RSA. Petit-fils de harki, Ahmed semble mener une vie
paisible, se contentant de peu. Si ce n'était l'éclat de sa beauté (selon les critères
d'Hubert) il passerait inaperçu tant il vit effacé. À moins qu'il ne s'agisse d'une
grande timidité si l'on en juge par les regards en coin, le sourire un tantinet coquin
d'Ahmed lorsque son regard rencontre celui d'Hubert.
Une occasion de faire plus ample connaissance se présente. Alors que tous les
allocataires de la CAF voient leur compte crédité, celui d'Ahmed reste sinistrement
vide. Dans le bureau d'Hubert, il parvient à bougonner le plus aimablement possible:
<< - J'peux te voir Mr Hubert, si vous plaît? >>

Le visiteur s'assied, cherche par quoi commencer son discours. Pendant ce temps,
Hubert l'observe discrètement. Il apprécie les longs cils noirs recourbés, le nez fin,
les lèvres bien ourlées, la peau hâlée, les cheveux noirs de jais et bouclés. Il
devine le corps fin, nerveux, sous les vêtements deux fois trop grands. Il imagine
presque l'entrejambes bien fourni, tentant de dessiner dans son crâne la jolie rosette
qui gîte non loin, sans omettre les fesses bien rondes. Ses rêvasseries ne l'empêchent
nullement de déclarer:
<< - Vous n'avez rien reçu sur votre compte, c'est bien ça?
- Ouais, y'a rien. J'pige pas.
- Vous avez une lettre de la CAF sur vous?
- V'là! >>

L'homme tend, d'une main énergique aux longs doigts fins, le document. Hubert se
connecte avec la CAF, constate:
<< - Effectivement, les versements semblent suspendus. Il vous reste à y aller pour en
connaître la raison. Peut-être que vous n'avez pas répondu à une de leur demande.
- Quand j'en reçois, j'réponds vite fait. J'attends pas, j'grouille pour éviter qu'on
m'saute le RSA. Pt'être qu'j'ai pas eu l'papier. Faut dire qu'la boîte à lettres est
commune à plusieurs et qu'elle ferme pas. Y'a pas moyen d'savoir sans qu'j'aille là-
bas? J'suis pas trop copains avec les fonctionnaires.
- On peut toujours téléphoner.
- Tu peux l'faire, M'sieur?
- Ce n'est pas trop mon travail mais je veux bien vous dépanner. >>

L'entretien téléphonique dure un bon quart d'heure après plus de 10 minutes d'attente.
Lorsqu'il raccroche le téléphone, Hubert répète:
<< - Il semble que vous n'ayez pas envoyé la dernière déclaration de revenus. En tout
cas, ils n'ont rien.
- J'suis sûr que j'l'ai fait. J'te l'jure, M'sieur!
- Ils disent ne rien avoir.
- Y z'ont perdu l'papier. Ça c'est sûr! Crois-moi, M'sieur, j'suis sûr de c'que j'dis.
- Je vous crois. Je serais de vous, j'irais les voir et je leur demanderais de
vérifier mais pas seulement dans l'ordinateur mais dans ce qu'ils appellent le dossier
de base. C'est là qu'ils rangent les déclarations papier que vous leur envoyez.
- J'saurais pas faire et j'ai personne pour m'aider. Mes vieux savent pas lire et
écrire, moi c'est tout juste, sauf pour l'argent. Tu sais, M'sieur, si tu m'aidais,
j'oublierais pas… >>

Est-ce les yeux implorant, la petite fossette sur chaque joue, le sourire timide
dévoilant une parfaite dentition au blanc éclatant, les yeux étincelants de
coquineries à venir? Toujours est-il qu'Hubert s'entend dire:
<< - Bon, on y va. Juste le temps de prévenir que je m'absente. Allez m'attendre dans
la CAF. - À tout', M'sieur! >>

Guilleret, Ahmed quitte le bureau. Quelques minutes plus tard, Hubert monte dans sa
voiture, la tête remplie d'idées plus cochonnes les unes que les autres.

*****

Peu de monde dans la salle d'attente. Seules deux femmes entourées d'une marmaille
joyeuse, tentent d'amener un peu de calme parmi leur progéniture. Lorsqu'il pénètre
dans les lieux, Hubert aperçoit Ahmed assis dans un coin, presque tapi comme s'il
voulait se cacher. Il le rejoint, s'assied à ses côtés, croit bon d'avertir:
<< - Vous me laisserez parler.
- J'comptais rien dire, M'sieur. T'es v'nu pour ça, non? >>

Un quart d'heure plus tard, les deux hommes se retrouvent dans un bureau. La préposée,
aimable, consulte son ordinateur, hausse les épaules, confirme:
<< - Aucune déclaration de revenus. >>

Hubert rétorque:
<< - Pourtant, nous l'avons bien expédiée. Cela vous ennuierait-il de consulter le
dossier de base? Je sais, cela demandera plusieurs minutes.
- Bon, je vais faire monter le dossier. Retournez dans la salle d'attente, je vous
appellerai quand je l'aurai. >>

Durant ce bref entretien, Ahmed se tenait assis tout près d'Hubert au point que leurs
cuisses se frôlaient. Il a même semblé à ce dernier qu'un doigt, le caressait
subrepticement et cela à plusieurs reprises. Rêvait-il?
Ils regagnent les sièges qu'ils occupaient précédemment. Et là, plus de doute. Le
genou d'Ahmed se colle pratiquement contre celui d'Hubert qui ne s'écarte pas. Ils ne
parlent pas, ne se regardent pas. Le genou se frotte carrément contre l'autre. Hubert
craint qu'on ne remarque ce manège qui commence sérieusement à l'exciter au point de
sentir sa queue se soulever. Une rapide œillade vers la braguette de son voisin ne lui
permet pas de voir quoi que ce soit, tant le jogging est large. Ahmed comprend.
Prestement, il plaque le tissu contre son corps laissant apparaître une bosse
suggestive et de bon aloi, passant sa langue sur ses lèvres. L'appel de son nom
interrompt ces minutes érotiques.
<< - Vous aviez raison, nous avons bien reçu votre déclaration. Elle a été classée
dans le dossier de base mais n'a pas été enregistrée au préalable. Je ne comprends pas
ce qui s'est passé. Je fais le nécessaire de suite, Monsieur Ahmed B ... Vous aurez
vos prestations dès demain sur votre compte. Croyez bien que nous sommes désolés de ce
contre temps. >>

Elle paraît sincère, serre les mains de ses visiteurs qu'elle raccompagne jusqu'à la
porte. Dehors, Hubert propose:
<< - Venez me voir d'ici une heure environ. Je vous avancerai 100 euros.
- Sympa, M'sieur, mais j'peux attendre.
- Comme vous voudrez.
- J'peux te payer un café? Ça s'rait chouette. J'sais pas comment….
- Ne vous en faites pas. J'ai été content de vous aider. Pour le café, d'accord mais
pas maintenant. On se retrouve dimanche vers 14 heures… >>

Ils discutent de l'endroit où se retrouver puis se séparent après une longue poignée
de main durant laquelle les doigts se croisaient, se décroisaient, les regards
s'enflammaient l'un vers l'autre. Avant de s'éloigner, Ahmed susurre, un air coquin
dans les yeux:
<< - Tu sais, j'te kiffe grave. J'bande rien qu'à t'regarder. >>

Hubert ne répond pas, se contentant de sourire.

De retour au bureau, Fortuné le croise:
<< - Alors, poussin, on batifole dans le beur?
- Qu'est-ce qui te fait croire ça?
- Tes yeux, mon grand, ta mine béate, et la petite tâche de mouille au niveau de ta
braguette. Remarque, pas mal l'idée d'aller renauder à la CAF pour sauver le bel Ahmed
d'une pénurie pécuniaire. Mais gaffe où tu mets les pieds. Y'en a qui ont de la
chance! >>


*****

Comme prévu, Hubert retrouve Ahmed au centre ville. Ils prennent place, face à face,
autour d'une table dans un coin discret. Ils s'observent, sans mot dire. Les jambes se
connectent, les pieds se taquinent. La serveuse apporte les cafés, Ahmed règle. Il
constate:
<< - On est tranquilles, maintenant, on peut parler. >>

Mais les mots ne serviraient à rien. Les mains se frôlent à plusieurs reprises, comme
par mégarde. Les joues rosissent à ces contacts. Hubert revient plusieurs années en
arrière quand, tout jeune ado, il rougissait à la moindre allusion sexuelle, à la plus
petite approche érotique. Il note la propreté méticuleuse de son vis-à-vis, malgré les
vêtements élimés. Il le trouve attachant. Un moment, l'idée de l'habiller de neuf
effleure son esprit. Mais le dimanche les magasins sont fermés. Alors il projette:
<< - Voilà ce que je propose. On va faire un tour histoire de se dégourdir les jambes.
Je connais un coin à une centaine de kilomètres, sympa, peinard. La cuisine y est
excellente et les chambres confortables. On peut y rester jusqu'à demain après-midi,
si tu veux.
- Va pour l'expédition dans la brousse! L'principal, c'est que j'soye avec toi. Mais
d'abord faut que j'passe prendre mes affaires. >>

Hubert note le compliment, s'en réjouit. Il conclue:
<< - Alors, allons-y. Ma voiture n'est pas loin. Moi, j'avais prévu. >>

Évidemment, Ahmed gîte dans une cité boîte de conserve pour humains! Celui-ci montre
un endroit supposé sûr où se garer. Hubert déclare attendre dans la voiture. Quelques
minutes suffisent à Ahmed pour récupérer une trousse de toilette, échanger son vieil
accoutrement contre un identique mais tout neuf rutilant.

Aussitôt ils prennent la route.
Hubert conduit. Deux lèvres s'approchent de son cou, une langue titille sa peau.
Durant le voyage, la main d'Ahmed se fait câline, caressant la cuisse d'Hubert. De
temps à autres, le passager dépose un baiser sur la joue du conducteur tout en
constatant:
<< - J'suis bien avec toi. >>

Ces élans d'affection semblent un peu trop poussés à un Hubert. Pour lui, il ne s'agit
que de s'envoyer en l'air, de passer le reste du week-end le plus agréablement
possible avec un mec bien balancé. Cela ne l'empêche nullement de répondre aux gestes
affectueux. Ses doigts folâtrent sur la braguette du jogging de grande marque. Une
première estimation de l'ampleur de la chose cachée dessous le satisfait. Il y a de
quoi faire! Et encore, Ahmed ne bande pas! Celui-ci pose sa tête sur l'épaule de
l'autre, une main sur la cuisse de l'autre, avant de sommeiller. Ils arrivent, à
destination, ainsi, dans cette position.

L'aubergiste manifeste un contentement évident à l'entrée du couple. La clientèle se
fait rare. La chambre, spacieuse, décorée avec goût mais simplicité, ne ressemble pas
à une chambre d'hôtel. On pourrait se croire dans un appartement privé, tant de petits
riens parsèment l'endroit, le rendant intime.
Une fois seuls, les deux hommes s'observent, se demandant qui fera le premier pas
décisif vers l'autre. Pour se donner une apparente insouciance, Hubert vide son sac de
voyage, Ahmed visite les lieux puis imite son compagnon. Ce dernier s'étonne de voir
sortir de nouveaux vêtements quasiment neufs. Ses lèvres se voient happées par celles
d'Ahmed qui réclame:
<< - Si on s'occupait de se désaper? Ça serait mieux, tu crois pas? >>

Et de joindre le geste à la parole. Il déshabille Hubert tout en le couvrant de
baisers. À son tour, il se voit dévêtu. Les corps, mis à nus, se plaquent l'un contre
l'autre tandis que les langues s'affairent, tour à tour, sur les peaux. Les mains se
baladent un peu partout s'attardant aux environs des sexes rigides qu'elles malaxent
avec douceur. Enlacés, ils se dirigent vers le lit sur lequel ils s'affalent. Les
jambes s'entrecroisent. Les rythmes cardiaques s'accélèrent. Les glands turgescents
secrètent le lubrifiant translucide. Hubert juge le volume du braquemart d'Ahmed plus
que conséquent. Sur ce point, il ne dément pas la réputation de ses congénères. Même
si la taille du sien s'avère plus modeste, Hubert, quant à lui, n'a pas à en avoir
honte. Ils se positionnent tête-bêche, les bouches gobant les cylindres de chair
palpitante. Le silence n'est interrompu que par le bruit des succions ou les soupirs
de satisfaction. D'un coup, Ahmed repousse Hubert, constate:
<< - Arrête, j'vais cracher. >>

Ils reprennent les caresses, les baisers, sexes frottant l'un contre l'autre. Ahmed ne
peut plus se retenir. Secoué par la jouissance, il éjacule entre les deux ventres. Ses
doigts s'enfoncent dans le dos d'un Hubert qui continue ses mouvements afin de jouir à
son tour. Les corps, trempés de sueur, de foutre, se détendent tandis que les lèvres
ne se désunissent pas. Ils restent ainsi durant de longues minutes au bout desquelles
ils décident d'aller sous la douche.
L'eau s'écoule sur les corps de nouveau enlacés. Tendrement, Ahmed retourne son amant
qui pose ses mains sur le mur, cambre les reins exposant ses admirables fesses. Un
doigt s'introduit dans l'anus très vite remplacé par une langue alerte, experte. Le
lécheur, entre deux tentatives d'introduction, reconnaît:
<< - J'kiffe grave d'bouffer ton beau cul! >>

Et de se remettre à la tâche avec une vigueur toute renouvelée. Hubert émet de petits
grognements, trop désireux d'éterniser cet instant mais conscient de la nécessité
d'aller plus loin. Il revoit mentalement l'énorme tige brunâtre, ornée à la base d'une
toison brune. Il l'imagine prête à le pénétrer, s'ouvre déjà à cette éventualité. Mais
les désirs de son partenaire divergent des siens. À son tour, Ahmed s'arc-boute au
mur, tend ses fesses. Hubert comprend. Accroupi, il s'applique à lécher ces deux
hémisphères aux arrondis parfaits, puis s'aventure entre eux afin de titiller la
rosette. Le léché, par certains mouvements, montre son plaisir. Passées cinq minutes
de ce délice, il réclame:
<< - Baise-moi! J'veux sentir ta queue dans mon cul. >>

Certes, cette demande paraît inattendue à un Hubert toujours axé sur la réputation des
beurs. Toutefois, il obtempère, trop heureux de donner satisfaction. En entrant dans
la salle de bain, il a noté des capotes dans une coupelle. L'espace d'un instant, il
quitte Ahmed, s'empare de plusieurs de ces latex enveloppés, en ouvre un, le pose sur
sa bite qu'il introduit dans le cul offert. Sans ménagement, Ahmed s'empale d'un coup.
L'eau continue de couler sur les corps. Deux ou trois minutes suffisent pour mener
Ahmed à la jouissance. Le foutre gicle contre le mur. Hubert l'imite peu de temps
après. Le premier, alors qu'ils procèdent à une toilette mutuelle, s'excuse:
<< - J'pars vite mais tu m'excites trop grave. >>


À suivre …

Comments:

No comments!

Please sign up or log in to post a comment!