Clotaire Et Pierre - Quatrième Épisode

Clotaire, la clé de la porte dans sa main, la sacoche et le sac de courses dans l’autre, semblait pétrifié ; devant lui, un peu dissimulé dans la pénombre, Cédric s’approcha pour se placer à ses côtés, d’un pas décidé, souriant légèrement. Sans lui répondre, détournant son regard pour le poser sur la serrure afin d’ouvrir la porte, Clotaire entra le premier, suivi par Cédric, que le premier n’avait pas congédié. Sans dire un mot, Clotaire se déchargea de ses affaires, posant on sac de courses dans la cuisine avant de revenir dans la pièce principale pour poser a sacoche en cuir et quitter son manteau, tout cela sous le regard concentré de Cédric qui ne souriait plus, désormais attentif à tous les faits et gestes du locataire des lieux. Une fois débarrassé de ces formalités, Clotaire se mit à regarder son invité de dernière minute, lui accordant, pour la première fois, un sourire. Mais c’était davantage un sourire poli, comme s’il tenait à montrer à Cédric qu’il était somme toute content de le voir.

- Que me vaut ta visite ?, l’interrogea-t-il en se déplaçant vers le bar.
- Rien de bien particulier… Je tenais juste à te saluer de manière amicale.

En prononçant cette phrase, Cédric ne put masquer une certaine ironie. Quant à Clotaire, il n’était pas dupe, et c’était faute de le croire ; il savait pertinemment ce qui avait poussé son camarade à venir.

- Et comment t’es-tu procuré mon adresse ?, demanda Clotaire d’un ton suspicieux, à peine cordial.
- Je me suis contenté de la demander à Eugénie, et elle n’a eu aucune peine à me le donner, monsieur l’inspecteur de police, plaisanta Cédric, le ton fier qui n’était pas loin de la vanité.

Clotaire se tut. Lorsqu’il a entendu le nom d’Eugénie, il fut saisi d’un sentiment de surprise. Car Eugénie, c’était sa meilleure amie du lycée. Tous les deux se sont rencontrés à la rentrée 2010, au lycée ; ils sont devenus très amis et leur complicité les a amenés à organiser de belles soirées mémorables, pour lesquelles Clotaire ressentait, de temps en temps, une véritable nostalgie.

Ils avaient désormais toutes les peines du monde à se voir de nouveau depuis que tous deux sont entrés à l’université, mais ils continuaient d’échanger régulièrement, par SMS ou via Skype, pour leur plus grand plaisir. La dernière fois qu’ils se sont vus, c’était au cours d’une fête qu’Eugénie avait organisé chez elle, à l’été 2013, pour fêter l’obtention du baccalauréat, juste avant la rentrée universitaire. Clotaire s’en souvient parfaitement, tout comme Cédric ; et pour cause : ils s’y sont tous les deux croisés et, l’alcool aidant, sont allés plus loin dans la rencontre... Ni l’un ni l’autre ne l’avait oublié. Et à en croire le sourire malicieux de Cédric, celui-ci semblait tenir à lui rappeler.

Clotaire avait convié son camarade à s’asseoir dans le salon, le temps pour lui de préparer une petite boisson pour eux deux. Il revenait de la cuisine, avec un plateau sur lequel était disposé deux verres remplis de diabolo menthe.

- A quoi trinquons-nous ?, demanda Clotaire en levant son verre une fois assis à côté de Cédric.
- Je ne sais pas… Disons… A toi, commença Cédric en faisant de même.
- A nous deux, alors, plaisanta Clotaire en étouffant un petit rire semblable à celui d’un .
- Ou alors à ton couple.

Ces cinq mots jetèrent un froid dans tout l’appartement. Autant Clotaire commençait à se détendre, autant il était désormais glacé, ne quittant pas des yeux son invité, le verre toujours à la main, tandis que Cédric commençait déjà à boire deux ou trois gorgées. Avant de poser son verre sur la table pour fixer Clotaire droit dans les yeux, cette fois sans lui sourire. Son visage était devenu ferme. Presque sévère. Ce qui ne favorisait pas quelque volonté de détente.

- Pourquoi dis-tu cela ?, demanda enfin Clotaire, après une longue minute de silence.
- Eh bien, si je m’en réfère à ce que j’ai entendu devant la salle d’étude…, commença Cédric, l’air toujours sérieux.
- Amélie a-t-elle entendu quoi que ce soit ? coupa sèchement Clotaire en évoquant la partenaire de Cédric qui se trouvait avec lui devant la salle d’étude.

- Non, elle est venue bien plus tard, à peine quelques secondes avant votre sortie.
- Ah… Très bien, alors… Mais…
- Mais quoi ?
- Tu… Toi, pour ta part… Qu’est-ce…
- L’essentiel, répondit immédiatement Cédric, qui voulait faire comprendre à son interlocuteur qu’il était conscient de ce qui s’était passé dans cette salle d’étude.
Clotaire ne répondit pas, d’abord soulagé que le seul qui ait su ce qui s’était produit dans cette salle soit Cédric, conscient malgré tout de l’ironie de la situation. Il reprit son verre pour boire un peu de son diabolo menthe, puis fixa de nouveau Cédric, qui paraissait cette fois un peu moins ferme, un peu plus tranquille, comme s’il s’agissait d’un dialogue entre deux bons amis.

- Qu’est-ce que tu veux savoir ? Car je suppose que tu n’es pas venu jusqu’ici pour te contenter de me demander des nouvelles…
- Si, quand même. Car on ne va pas se mentir : ce que j’ai entendu cet après-midi te concerne un peu n’est-ce pas ? lâcha Cédric dans un petit rire qui gagnait Clotaire lui-même.
- Que veux-tu que je te dise… C’est tout récent. En fait, cela ne dure que depuis hier…
- Ah… Rien de bien sérieux, donc.
- Détrompe-toi ; j’ai vraiment envie que cela le soit. C’est… C’est étrange mais je me dis qu’avec lui, cela peut marcher. En tout cas, j’ai toutes les raisons de le croire.

Après avoir dit cela, Clotaire reprit quelques gorgées de sa boisson puis sourit à son invité qui, lui, ne disait rien. Cédric paraissait figé, presque stupéfait, par les propos de son hôte. Certes, ce qu’il avait entendu cet après-midi lui paraissait suffisant pour comprendre que Clotaire prenait son pied avec son mec, mais il était loin de s’imaginer qu’un garçon comme lui pouvait être capable de tomber amoureux de quelqu’un d’aussi différent comme Pierre. Après tout, pensait-il, ils n’ont rien en commun, si ce n’est qu’ils sont effectivement bien foutus tous les deux : l’un est brillant, l’autre dilettante (et c’est un euphémisme que de le dire) ; l’un serait plutôt solitaire, l’autre populaire ; enfin, l’autre vient d’un milieu très aisé quand il ne fait pas de doute que l’autre est issu d’une famille ô combien plus modeste.
Cédric songeait à cela tout en buvant également la boisson contenue dans son verre, bientôt vide.

Clotaire, qui avait lui-même terminé son verre, offrait à son camarade un deuxième verre. Durant une bonne partie de la soirée, Clotaire lui parlait de son tout récent couple, lui confiant qu’il semblait très heureux depuis que Pierre et lui ont franchi le pas ; Cédric, sans dire un mot, écoutait le récit de Clotaire, d’une oreille attentive, approuvant parfois ses propos mais cachant ses doutes sincères quant à l’avenir de cette aventure.

Cédric n’en disait rien à Clotaire, mais s’il doutait de l’avenir de ce « couple » même pas officiel, il espérait fermement que ses doutes allaient bientôt s’avérer légitimes. Car, effectivement, il n’est pas venu jusqu’à l’appartement de Clotaire pour prendre des nouvelles de celui-ci ou s’intéresser à son couple. Bientôt, il allait lui montrer les véritables intentions de sa visite « impromptue »…

- Eh bien, je ne peux que te souhaiter que cela dure entre lui et toi.
- Merci beaucoup.
- Que cela dure, dans les deux sens du terme évidemment, plaisanta Cédric en parvenant à faire rire son hôte.
- Ce que tu peux être bête, souriait Clotaire en lui tapotant légèrement l’avant-bras.
- Cela dit… Si l’ennui devait te gagner… Tu sais à qui faire appel.

Sur ces mots, Cédric commençait se rapprocher de Clotaire pour finalement l’embrasser. Ce dernier, de façon surprenante, ne refusait pas le baiser. Néanmoins, contrairement à Cédric qui se plaisait à parcourir le corps de son partenaire avec se mains, Clotaire restait immobile un long moment, ne prenant même pas la peine d’accorder à son invité le moindre geste tendre. Ce baiser fut assez court car soudainement interrompu par Clotaire qui l’abrégea de manière soudaine en décalant sa tête de côté, laissant Cédric dans une posture un peu fâcheuse.

- Pardon, je suis désolé.
- Désolé pourquoi ?, fit semblant de demander Cédric en posant sa main sur celle de son interlocuteur.

- Désolé de t’avoir fait croire que ce genre de chose était encore possible entre nous. Cela ne se reproduira pas.
- Je suis persuadé que si.
- Je ne sais pas si tu as pris note de ce que je t’ai dit il y a quelques instants, mais j’ai vraiment envie que cela dure entre lui et moi.
- Pourquoi tu n’as pas une seule fois prononcé son prénom depuis tout à l’heure ?
- Je ne vois pas en quoi cela peut altérer les sentiments que j’ai pour Pierre, car je le nomme puisque tu le veux.

Clotaire était plus froid que jamais. Il faisait tout pour faire comprendre à Cédric qu’il n’était nullement intéressé par un plan cul. Mais Cédric n’en croyait pas un mot. Aussi, sans prendre en compte ce que venait de lui dire Clotaire, il s’empressa d’embrasser de nouveau celui-ci qui, cette fois, n’attendait pas avant de pousser, plus fermement, celui qui rêvait de s’offrir à lui.

- Quand on l’a fait, toi et moi, je croyais que tu avais aimé cela, lâcha Cédric, franchement contrarié.
- Je ne dis pas que je n’ai pas aimé ce qui s’est passé, au contraire, mais ce soir-là, toi comme moi, nous étions pleins comme des tonneaux ; je ne pense pas que ce serait raisonnable de remettre le couvert, répondit sobrement Clotaire.
- Oui, mais pour ma part, j’en garde un très bon souvenir.
- Moi aussi. Franchement, j’ai vraiment aimé et si j’étais libre en ce moment, je ne dirais pas ment non, mais comme je te l’ai dit, il y a quelqu’un dans ma vie. Ce qui s’est passé dans cette salle tout à l’heure, c’était différent de ce qu’on a fait, toi et moi, chez Eugénie. Cela n’a pas grand-chose à voir.
- Lui et toi, vous n’avez rien en commun.
- C’est assez vrai, mais cela me plaît : je suis certain que c’est ce qui va nous rapprocher. Ne le prend pas mal, mais j’ai trop envie de lui ; pas seulement pour le sexe, mais aussi pour autre chose, que je ne peux pas vraiment décrire. Dans quelques semaines ou quelques mois, je serai peut-être lassé. Peut-être que je serai chiche de le tromper avec toi, mais ce soir, j’en suis purement incapable.
- Bien…
- Et c’est inutile de chercher à me convaincre. De toute manière, même si je voulais bien, je te parie que tu serais déçu de ma contre-performance : je suis vraiment crevé par ma journée…

Cédric se redressa. Il semblait un peu moins contrarié, sans doute parce que Clotaire venait de lui faire comprendre que, peut-être, il aurait envie, d’ici quelques jours, de se donner à lui s’il allait devenir lassé de sa relation. Mais il comprit vraiment qu’il n’aurait, pour l’instant, rien à attendre de Clotaire pour ce soir. Ce dernier se redressa également pour raccompagner son invité jusqu’à la sortie. Ils s’échangèrent tous les deux un sourire amical, se saluèrent en échangeant quelques gestes d’affection puis Clotaire ferma la porte pour se retrouver seul après cette soirée pour le moins très agitée…

Avec toutes ces émotions accumulées, il avait complètement oublié de préparer son dîner. Comme il était assez fatigué et qu’il se rappelait du travail qu’il avait à faire avant d’aller se coucher, il se contenta de quelques biscuits qui devaient suffire à sa faim. Après cela, il alla s’asseoir à son bureau pour commencer à travailler. D’ordinaire, la concentration lui venait spontanément, comme une évidence ; le droit étant une vraie passion, il paraissait difficile de le détourner de ses études.

Or, ce soir, il avait toutes les peines du monde à se concentrer sur la dissertation qu’il devait rendre la semaine suivante mais qu’il avait à cœur de préparer à l’avance. Il songeait à sa rencontre avec Cédric et se rappelait de la soirée durant laquelle, entièrement abandonné aux effets de l’alcool, il s’est laissé aller avec lui chez Eugénie en ce soir d’été. Il se mit à sourire mais n’avait pas oublié ce qu’il avait dit à Cédric : il avait envie d’une relation sérieuse avec Pierre et, même si pour l’instant leur duo se limitait à de simples activités sexuelles, certes très intenses, il souhaitait vivement aller plus loin avec lui. Était-il amoureux ? C’était trop tôt pour le dire ; néanmoins, Clotaire est un garçon qui pèse chacun de ses mots avec une précaution particulièrement soignée : ce n’est pas pour rien qu’en partant de chez Pierre, il a lâché devant lui : « Je t’aime ». C’était, sincèrement, ce qu’il ressentait à cet instant. Et par ailleurs une invitation à aller un peu plus loin dans leur relation.

Pour autant, Clotaire était assez flatté de la drague de Cédric ; pas un seul instant il n’a songé à céder. La tentation pouvait l’y pousser mais non. Peut-être qu’un jour, effectivement, ils devront refaire ce qui s’est passé en ce soir d’été, chez leur amie commune. Mais il n’en avait pas très envie, au moins à ce stade.

Ne se préoccupant plus un seul instant de cette fichue dissertation, il quitta son bureau pour se diriger vers la salle de bain. Tout se bousculait dans sa tête, et Dieu sait qu’il avait cela en horreur, lui qui préférait les choses carrées et raisonnées… En un instant, complètement nu, il entra dans la douche pour s’abandonner entièrement sous l’eau chaude, ce qui lui procurait un bien fou. En plus d’une douche le matin, il aimait bien se prélasser sous l’eau chaude en rentrant des cours, avant de s’attaquer à ses devoirs estudiantins. Il savourait, toujours avec soin, ce moment qui faisait partie de ses petits rituels. Après tout, c’est aussi dans ce contexte qu’il s’est rapproché de Pierre puisque celui-ci a littéralement fondu devant lui en contemplant son corps sortant à peine de la douche.

Progressivement, Clotaire manœuvra la douche pour que l’eau soit de plus en plus chaude. En savonnant son corps, s’attardant longtemps sur son sexe qu’il enveloppait de gel douche, il se mit à se rappeler de la soirée qui s’est produite, quelques mois auparavant, chez Eugénie.

Ce soir-là s’annonce vraiment festif. Ils étaient une petite quinzaine présents dans la villa des parents de la jeune bachelière qui voulait célébrer, avec quelques amis et camarades de classe, la fin de l’année scolaire mais aussi, et surtout, l’obtention, pour tous les présent, du précieux sésame qui devait leur permettre d’entrer à l’université. Il faut dire que cette soirée devait ment vêtir un caractère particulier car tous, pour autant qu’ils s’appréciaient, allaient voir leur chemin se séparer, surtout parce que les études qu’ils avaient choisi s’annonçaient particulièrement exigeantes : médecine, droit, langues étrangères…. Des disciplines diverses et variées qui allaient bientôt les conduire à se dire au revoir pour un bon moment.

Clotaire figurait parmi ceux que l’on pourrait qualifier « d’invités d’office » : ses rapports très complices avec Eugénie firent que sa présence s’imposait naturellement. Ils étaient si complices qu’Eugénie, dans l’entourage de Clotaire, était la seule, vraiment la seule, à connaître l’homosexualité de Clotaire, même si lui, peu à l’aise avec ce terme, se contentait de reconnaître qu’il avait de l’attirance pour les mecs.

Alcool et joints allaient animer la soirée. Chacun profitait du moment ; comme tous s’appréciaient mutuellement, la soirée ne pouvait qu’être formidable. Tous étaient très contents, très heureux, d’être unis pour cette ultime fête joyeuse entre potes. Et Clotaire était particulièrement content car il avait remarqué que parmi les invités figurait un certain Cédric… Cédric Dereken. Un beau jeune homme blond, aux bleus très intenses, assez bien fichu car s’entretenant régulièrement dans une salle de sport, et qui plaisait beaucoup aux filles... qui devaient être bien déçues, car Cédric aimait les hommes. C’est Eugénie qui, sur le ton de la plaisanterie, en avait informé Clotaire, au début de la soirée. Lui-même l’ignorait alors.

Clotaire n’était pas puceau : il avait déjà couché avec une fille et l’expérience lui avait bien plu. Néanmoins, depuis qu’il s’est découvert son attirance pour les hommes, il était plus que tenté de coucher avec un garçon. Histoire de voir si cela pouvait lui convenir. Maintenant qu’un autre était lui aussi présent à cette soirée, et que, peut-être, il n’allait plus le revoir, ce devait être l’occasion parfaite ; il ne s’agirait que d’un coup d’un soir et si l’expérience devait être ratée, ce n’était pas si important car ni l’un ni l’autre n’étaient a priori amenés à se revoir…

Sous le regard amusé d’Eugénie, qui n’ignorait rien du petit jeu que venait d’inaugurer son ami, Clotaire commençait à se rapprocher de Cédric, qui ne le repoussait nullement. Assez rapidement, tous deux prirent leurs aises, afin de mieux se connaître ; ainsi apprirent-il qu’ils allaient entrer ensemble dans la même fac de droit, ce qui pouvait les rapprocher encore un peu plus. Tout à tour, ils fumaient puis buvaient ensemble. Clotaire s’en donnait à cœur joie car cela pouvait avoir pour effet de le préparer un peu pour se rapprocher, de manière bien plus intime, de ce jeune homme qui lui donnait de plus en plus envie.

Tout au long de cette soirée, Clotaire et Cédric devinrent de plus en plus complices, si bien que, du fait de l’alcool et du joint qu’ils ont consommé, leurs conduites étaient de plus en plus « libérées »… Tous les deux dansaient à n’en plus finir. « Bad Romance » de Lady Gaga, « C’est dans l’air » de Mylène Farmer, « Last Friday Night » de Katy Perry, « Beat It » de Michael Jackson… Plus les tubes défilaient, plus les deux jeunes hommes se rapprochaient, comme s’ils étaient plus que jamais attirés l’un par l’autre. Cela ne devait pas manquer.

A un moment donné, Cédric avait prétexté ne pas se sentir très en forme et avait demandé à Eugénie, déjà bien éméchée pour sa part, où se trouvait la salle de bains. Assez confuse à cause des petits plaisirs dus à la fête, elle parvenait néanmoins à lui indiquer l’endroit. D’un signe discret, tout sourire, Cédric avait sollicité Clotaire pour l’accompagner, lequel n’allait évidemment pas refusé.

Plaisantant l’un et l’autre jusqu’à l’étage où se trouvait la salle de bain, il leur fallut attendre que la porte se ferme pour que, attirés comme on pourrait l’être par un aimant, tous deux se livrèrent à quelques caresses qui précédait un baiser un peu maladroit. Peut-être était-ce à cause de l’alcool ou, plus simplement au stress.
- Dès que je t’ai vu, tu m’as plu, confia Cédric.
- C’est pareil pour moi… Je crois qu’on est fait pour s’entendre, répondit Clotaire, plus excité que jamais.
- Tu l’as déjà fat avec un mec ?
- Jamais. C’est la première fois.
- OK… Ben, ravi de t’initier, alors !, rigola Cédric, qui embrassa de nouveau Clotaire pour le mettre un peu plus à l’aise.

Tous les deux bien excités, ils se déshabillèrent mutuellement, tout en s’embrassant, assez impatients d’entamer ce coït. Cédric étant apparemment le plus expérimenté, c’est lui qui « ouvrit les hostilités » en prodiguant à Clotaire une parfaite fellation. Clotaire, encore un peu malmené par les effets (entre autres) du Coca Whisky qu’il avait bu, tâchait de se concentrer pour savourer le moment. Il laissa sa main parcourir les cheveux de son amant d’un soir tout en gémissant de plaisir. Cet instant, il en rêvait depuis longtemps. Il n’était pas tout à fait capable d’en mesurer la portée, mais il était en tout cas suffisamment conscient de vivre un moment quasiment magique : sa première fois avec un mec. Peut-être eut-il été mieux de l’avoir fait dans les bras d’un homme pour lequel il aurait eu de véritables sentiments. Mais ivre comme l’était Clotaire, ce n’était pas vraiment le moment de se poser ce genre de question. Et puis à quoi bon ? Il était en train de s’offrir à un mec, c’est ce qu’il voulait.

Clotaire ne mit pas longtemps à jouir et, comme si cela devait être naturel, Cédric se mit à prendre un peu de la semence de son coup d’un soir, avant de se relever puis de l’embrasser, donnant ainsi à Clotaire, un peu de sa propre semence par le biais de ce baiser. Tous les deux souhaitaient aller plus loin désormais.

- T’as déjà…
- Pris une queue dans le cul ? Oui, je connais, t’inquiète. Et comme je me doute que t’as envie, tu penses bien que je vais te faire ce plaisir !

Sortant une capote du portefeuille qui se trouvait dans la poche de son pantalon, Cédric en fit don à Clotaire qui l’enfila, d’abord maladroitement puis correctement.

- Vas-y, fais-toi plaisir, beau gosse…, provoqua Cédric en offrant son derrière à Clotaire qui se préparait à l’investir.
- J’espère que ma queue va te combler, lui répondit, euphorique, Clotaire.

Ce rapport sexuel était néanmoins assez laborieux car les effets de l’alcool étaient encore persistants pour que la performance des deux amants soit absolue, mais ils avaient attendu cet instant si longtemps durant la soirée qu’ils ne voulurent pas abandonner par dépit. Malgré cela, Clotaire parvenait à donner quelques coups de reins énergiques à son amant qui commençait à prendre son pied. Celui-ci poussait quelques gémissements qui devaient encourager le jeune actif à accélérer la cadence.

Au bout d’un moment, Clotaire se redressa pour s’asseoir contre la baignoire avant d’inviter son jeune amant à placer son cul sur sa queue. Les mains sur les hanches de Cédric, Clotaire maîtrisait le jeu. Quant à Cédric, ses mouvements permettaient au duo d’atteindre le plaisir que tous deux convoitaient. Hélas, ce fut trop bref, car Clotaire, pour la deuxième fois, allait éjaculer, cette fois dans le cul de son coup d’un soir tandis que ce dernier, dans un ultime cri de plaisir, lâcha son foutre sur le torse de son partenaire, auquel il accordait un dernier baiser, pour le remercier de ce moment quelque peu particulier mais somme toute assez délicieux.

Sous la douche, Clotaire se remémorait ce moment tout en commençant à caresser sa tige ; en pensant à Cédric, il bandait de plus en plus fort. Son sexe, large et long, prenait davantage d’ampleur lorsqu’il le caressait en s’imaginant copuler avec son camarade. Il ne songeait plus à cette première fois avec lui, mais s’imaginait plutôt dans une chambre, avec lui, l’embrassant avec tendresse avant de se livrer, avec lui, à des caresses buccales réciproques, car depuis qu’il avait tenté la chose avec Pierre, il avait vraiment aimé…

Sous une eau chaude très agréable qui parcourait son corps bien monté, il alla jusqu’à s’imaginer un plan à trois, avec Cédric, Pierre et lui. Il songeait à Pierre, suçant tour à tour les queues de Cédric et de Clotaire, tandis que ces deux derniers s’échangeraient un baiser fleuve en liant leurs deux langues tout en savourant la double fellation dont leur ferait don ce troisième partenaire.
Puisque Pierre et Cédric étaient tous les deux passifs, Clotaire allait pouvoir satisfaire deux culs pour le prix d’un. Ses deux amants, côte à côté, présentaient à sa vue leurs derrières qu’il voulait combler tour à tour. Il devait commencer par Pierre, avec lequel il adorait faire l’amour. Suivrait ensuite Cédric ; pour faire patienter ce dernier, Clotaire, tout en insérant sa queue dans le cul de Pierre, introduisait un doigt dans celui de Cédric, qui réclamait plus : il voulait que Clotaire l’honore lui, à son tour.

Après avoir limé Pierre pendant quelques minutes, lui promettant de s’occuper encore de lui d’ici quelques instants, Clotaire sortit sa queue pour l’insérer dans celui de Cédric, qui la réclamait depuis déjà un bon moment… Le jeune actif du trio était un homme comblé : après tout, quel homme ne rêverait pas de voir deux semblables s’offrir à lui comme seul un dieu pourrait avoir pareil privilège ? Il entendait bien prouver à ses deux partenaires qu’il était digne de leurs désirs et à en croire les gémissements réguliers de Pierre et de Cédric, il n’y avait pas à douter de sa performance… « Oh oui, vas-y ! », « Ne t’arrête pas, putain, c’est trop bon », « J’adore quand tu me prends comme ça… » Tels étaient les encouragements que les deux passifs adressaient à leur amant dominateur qui se permettait de fesser ses deux partenaires comme il aimait à le faire, afin de leur prouver qu’il était le dominant incontesté du trio.

Clotaire, épuisé par tant d’efforts, allait bientôt éjaculer. Comme un seul homme, Pierre et Cédric s’assirent devant lui pour recueillir le précieux liquide séminal du jeune homme, lequel n’allait pas tarder à couvrir leur visage pour la plus grande satisfaction de Clotaire qui, dans un dernier râle qui devait avertir du plaisir qui était le sien, laissa ses partenaires prendre en bouche, une ultime fois, la queue encore raide de leur ami, qui passait ses deux mains dans les cheveux de ses deux amants…

En songeant à cette scène ô combien torride qui reflétait son fantasme absolu, Clotaire lâcha un jet continu de sperme qui devait couvrir la vitre embuée de la douche. Le plaisir de s’imaginer dans les bras de ses deux hommes l’avait littéralement achevé d’épuisement.

Il sortit de la douche pour s’essuyer avec une serviette blanche et ne prit pas la peine de revêtir un caleçon pour le reste de la soirée. Il avait complètement oublié d’entamer sa dissertation, préférant s’allonger sur son lit, pensant à ce triolisme avec Pierre et Cédric qui, bien qu’il l’enviait, n’aurait certainement jamais lieu. « Après tout, ce n’est qu’un fantasme, et ce n’est pas ment bonne chose que de le réaliser », songeait-il, philosophe. Tout en caressant ses cheveux, il scrutait le plafond de sa chambre. Certes, imaginer un pareil plan à trois lui avait beaucoup plu, mais il savait que s’il désirait le corps de Cédric, il n’en était pas amoureux. La preuve : il n’avait pas cédé à ses avances, bien que cela pouvait le tenter. Il pensait fortement à Pierre, qui lui manquait déjà.

Il n’avait jamais connu cela avec un mec. Après avoir couché avec Cédric durant la fête d’Eugénie, il n’avait pas ressenti de manque à l’égard de celui-ci. Pour Pierre, c’était différent. Il avait vraiment envie de passer du temps avec lui. Bien sûr, Cédric avait raison quand il disait que ces deux là n’avaient quasiment rien en commun ; Clotaire l’avait découvert lui-même la veille lorsqu’il reçut Pierre chez lui, juste avant que tous deux ne succombent l’un à l’autre. Mais il était persuadé que ces deux différences pouvaient consti une vraie richesse. Il souriait en pensant à tout cela : il faut reconnaître que Clotaire n’avait pas grand-chose d’un sentimental, et le manque de gestes tendre ou d’affection en public à l’égard de Pierre était là pour le prouver. Mais il voulait donner à ce duo quelque peu improbable une chance. Clotaire aimait le sexe, nul ne peut en douter à présent… Mais au-delà, il espérait vivre une sincère histoire d’amour avec un homme auquel il en donnerait. Il était persuadé que Cédric, quoique excellent amant, ne pouvait pas être cet homme, à l’inverse de Pierre qui, de manière un peu surprenante, le touchait plus.

Après avoir réfléchi à tout cela durant de longues minutes, il prit son portable pour écrire un SMS assez long à l’adresse de Pierre : « Je n’arrête pas de penser à toi depuis tout à l’heure, tu me manques vraiment. J’ai une proposition à te faire, je préfère t’en parler face à face ; disons que si tu veux bien, on se retrouve demain après-midi, après les cours, pour en discuter, dans les jardins de la fac. Je t’embrasse avec l’impatience de me retrouver dans tes bras » avait-il écrit, terminant son message en apposant un petit cœur à la fin. Il en rigola tant cela pouvait lui paraître niais, mais il avait envie de lui montrer qu’il était amoureux.

Pierre ne mit pas longtemps (moins de quatre minutes à peine !) pour répondre : « Avec plaisir, bébé. J’ai hâte d’entendre ce que tu as à me dire. Moi aussi, je pense à toi tout le temps. Je t’aime comme un fou. Ton homme qui s’ennuie sans toi ». Heureux de cette réponse qui ne manquait pas d’amour, Clotaire s’enveloppa dans la couverture de son lit, songeant à celui qu’il aimait, déjà très impatient de lui faire la proposition dont il venait de lui parler.

[A suivre…]

Comments:

No comments!

Please sign up or log in to post a comment!