Dîner, Balcon, Sourire

La Casa Batllo à Barcelone est un des lieux les plus magiques que je connaisse.

Quand j'ai reçu cette invitation à titre professionnel à un dîner évènementiel qui y était organisé, j'étais ravie et je me suis dit que ça serait en plus l'occasion d'aller découvrir Le Glamour, un club qu'ont ouvert à Barcelone un couple d'amis.

J'y allais sans que dans ma tête ne germe l'idée de réaliser ce défi d’écriture érotique qu’on m’avait lancé avec comme éléments devant y figurer : dîner, balcon, sourire.
Mais c'est vrai qu'en y pensant, les circonstances étaient idéales.

Je fais mes cinq heures de route.

Je me rends à mon hôtel. Très agréable. Ma chambre a un petit balcon qui donne sur une cour. Tiens tiens. Le dîner a lieu dans la soirée. Une douche très réconfortante. Je me savonne longuement en pensant à tout ce que j'ai prévu de faire dans cette ville que j'adore et qui va encore me surprendre. Puis je me prépare. D'abord tout ce qu'il me faut pour ce dîner professionnel. Mes cartes, des photos... Et puis quelques accessoires pour la soirée club ensuite. Mais pas mes atouts des grands jours. Je sais qu'ici, il n'est pas nécessaire de se présenter en diva, les femmes sont beaucoup plus décontractées qu'en France. Je vérifie mon allure. Jolis ongles, quelques bijoux de créateurs. Une robe simple. Des bas et bien sûr, rien en dessous. On ne se refait pas. Et mon manteau.

Il fait doux et j'y vais à pied, pour baigner dans la ville qui entre dans son effervescence nocturne.

Arrivée à destination, mon imagination pétille devant cette merveilleuse bâtisse. Mes yeux s'élèvent et suivent l'ossature des colonnes vers les balcons... des masques de fer derrière lesquels des yeux coquins vénitiens pourraient me narguer. Je rentre. Le dîner est organisé au premier étage. Tout est somptueusement agencé. Je ne connais personne mais je viens justement faire des rencontres. Je m'y sens néanmoins tout à fait à l'aise, comme chez moi.

Je reçois de la documentation, que je parcours des yeux tout en observant autour de moi. Des hommes charmants qui jouent le même jeu avec leurs papiers dans les mains. Je souris. Un en particulier... Un échange furtif de regards étrangement forts.

Le dîner se déroule dans une atmosphère feutrée. Je déguste ce qui est à ma disposition tout en établissant des contacts, intenses, avec des enjeux professionnels et des conséquences qui doivent être rapides et concrètes. Tout à fait la même ambiance que les rencontres brûlantes d'un soir.

J'ai du mal à profiter du lieu même dans ce contexte et je m'éloigne un peu vers une des baies vitrées, admirant les irisations produites par les jeux combinés des éclairages intérieurs et de ceux de la rue. Alors que je me trouve ainsi les yeux levés, une voix derrière moi: "Comme ça doit être magique de s'éclipser pour aller regarder la ville du haut de la terrasse?" En français, mais avec un fort accent. Il a dû m'écouter sans que je m'en rende compte et a compris que j'étais française. Lui, difficile de définir. Italien du Nord? Mais avec autre chose. Je me retourne. Bien sûr, c'est cet homme avec lequel nous avons échangé de regard fulgurant au début de la soirée. Je souris à nouveau. Il vient de formuler une envie qui n'allait pas tarder à me passer par la tête. Cette terrasse, avec ses vagues de balcons multicolores... Je souris à nouveau. C'est là que les éléments du défi me sont revenus. Voyons. Dîner, balcon, photo sourire... "Mais je ne sais pas si nous pouvons?" Nous ne sommes pas supposés nous promener partout. "Pourquoi pas?" Je dodeline de la tête d'un air entendu et hésitant. Tout en me regardant, il commence à se retourner dans un mouvement lent puis me fait un clin d'oeil et se dirige vers une des tables. Il verse du champagne dans deux flûtes et revient vers moi. "Ils seront notre alibi" Il est probable en effet qu'on ne soupçonnera pas deux personnes se promenant nonchalamment avec leur flûte à la main d'être en train de manigancer un genre d'école buissonnière.
Coquine? Il le faudrait bien, pour mon défi... Il me semble bien en effet que ça pourrait en prendre le chemin, mais peut-être s'agit-il seulement pour lui d'une promenade onirique?

Nous nous éloignons des convives, l'air de rien. Nous croisons une des hôtesses dans le couloir tout en rondeurs et vagues. Nous nous arrêtons et il sort un papier dans lequel nous faisons mine de nous plonger. Elle repart et nous aussi, dans la direction opposée. Puis nous finissons par nous retrouver tout à fait seuls dans le puits de lumière. Non, personne, vraiment. Nous nous regardons en riant. Il me tend sa flûte et j'accompagne son mouvement... Ce puits de lumière est à ce moment là très sombre, il n'était pas supposé accueillir d'hôtes ce soir... Nous nous rapprochons, pour profiter de cette connivence, de cette complicité imprévue, de cette intimité conquise. Je prends sa main. "Nous montons vers le ciel?" Et il me suit. Il connaît les lieux aussi bien que moi. Et, choses extraordinaire, les portes s'ouvrent. Peut-être les administrateurs avaient-ils prévu de tout verrouiller après la fin du dîner?

Nous arrivons finalement à notre but.

Et nous sommes sur cette fabuleuse terrasse regorgeant de trésors. Nous nous embrassons, pris dans cette excitation de notre forfait par dessus les émotions du dîner. Je m'adosse à un des balcons. La céramique multicolore papillonne autour de moi. J'ai laissé mon manteau en bas bien sûr et il n'a qu'une chemise, que je soulève jusqu'à pouvoir toucher sa peau. Je glisse mes deux mains dans son dos et le caresse fiévreusement. Il embrasse mes épaules nues et mon cou, propageant le feu en moi. Ses mains sont sur mes hanches et remontent dans mon dos, effleurent mes seins (comprimés dans mon soutien-gorge... à balconnets ;). Je sens son excitation et je me colle plus étroitement à lui. Il ne faut pas faire de bruit, sous peine d'être débusqués, mais l'idée que l'on peut nous deviner de la rue augmente encore le plaisir de nos actes.
Je remonte légèrement ma robe et j'enserre une de ses jambes entre les miennes. Il doit me sentir brûlante à travers son pantalon. Sa main descend doucement. J'entrouvre les yeux pour savourer le spectacle fantastique autour de nous. Il me semble que les cheminées et les balcons bougent, enfin lancés dans le mouvement qu'ils dessinent. Ses doigts me pénètrent lentement. Je ne sais pas si c'est parce qu'il hésite ou pour profiter davantage... Il est tout en sensualité. Ses doigts font monter mon plaisir. Je continue à caresser son corps. Ses fesses. Mes mains vont vers sa ceinture. J'ai besoin de son sexe. Ses mains me font jouir follement. Je cherche son sexe. Il est chaud et tendu, juste comme je le voulais. J'ai terriblement envie de lui. Je le regarde et nous nous sourions, nous nous embrassons encore, à se dévorer. Un préservatif! Il est en chemise, il n'en a pas. Je ne sais plus si j'en ai dans ma pochette, si petite. Ouf. Si, dans ma mini trousse de toilette. Et il me prend sur la merveilleuse céramique multicolore. Nous venons très vite tous les deux.

Et puis nous restons là un moment à nous câliner, regardant le décor et les étoiles, riant comme deux collégiens qui ont fait une bonne blague. Je lui raconte l'histoire des défis. Il est content d'y avoir participé à son insu. Il est bien italien du nord, mais il a passé plusieurs années à l'étranger étant jeune.

Et puis nous redescendons, nos flûtes vides à la main, un peu effrayés cette fois, l'excitation étant retombée, craignant de nous être fait enfermés. Mais non. Tout va bien. Et nous rejoignons le dîner qui se termine.

Nous avons continué la soirée à son hôtel, qui était plus près que le mien.

Malheureusement, je n'ai pu du coup me rendre au Glamour mais ça sera pour une prochaine fois...



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