Pot De Colle 21

Sabine baisse d’un cran dans mon estime, cela m’affecte rudement. Je voyais en elle une possible remplaçante de Myriam. Or ma femme a franchi une barrière, a brisé un tabou. Il lui suffirait d’entendre siffler Louis, malgré son attitude infecte, de ce matin envers elle, pour lui faire dresser les oreilles, elle sentirait renaître un espoir de renouer avec lui et je ne serais pas surpris de la voir courir, ramper devant lui, se rouler à terre comme une chatte en chaleur et se coucher sous lui ou s’empaler sur son érection perpétuelle. C’est le premier pas qui coûte, Myriam a couru, sauté la haie de la fidélité une fois, pourquoi renoncerait-elle à un nouvel appel du charmeur. Elle se love dans mon dos, faute de mieux, je suis sceptique quant à la force des sentiments qui l’habitent. N’aime-t-elle pas plus mon toit que ma personne après sa déconvenue avec Louis ?

Certes elle a été bouleversée par ma tentative de suicide, mais cette forme de pitié liée à un événement récent peut-elle raviver l’amour d’un couple plus qu’émoussé par une trahison. ? La pitié finira par peser, seul un véritable amour recollerait les morceaux : est-ce encore possible, est-ce seulement désirable ? Le rêve qui s’effondre c’est le mien, celui d’avoir une possibilité de prendre, à la place d’une épouse peu fiable, cette Sabine si intuitive. Sabine ne vaut guère mieux, elle a tracé la voie, a trahi son époux avec le même tordu, si je ne me trompe pas. Se sont-elles rencontrées par hasard ces deux tricheuses? Se sont-elles reconnues sœurs de mœurs, cœurs d’artichauts qui distribuent un peu d’amour à n’importe qui sans se soucier de leurs proches, aux dépens notamment de leur mari, autrefois premier et seul amour.


- Vous avez donc toutes deux couché avec le même séducteur, bien que mariées l’une et l’autre. Ce garçon est donc très doué, il est très fort ou vous êtes très faibles? Le mot fidélité n’a-t-il plus de sens pour les jeunes femmes et suis-je un arriéré, un spécimen d’une espèce en voie de disparition, un des derniers maris à se nourrir de bons sentiments et à croire à l’amour et à la possibilité de célébrer des noces d’or ou de diamant ?

Sabine a de la répartie, se défend en attaquant :

- Que celui qui ne s’est jamais trompé nous jette la première pierre, cher ami.

Myriam m’a raconté ce qui s’est passé il y a 24 heures dans votre salon. Ton attitude de mari a-t-elle été exempte d’erreur ? N’as-tu pas cédé à la jalousie et à un sentiment de panique qui t’ont influencé et conduit à précipiter ta femme dans les bras de Louis ? Avec plus de sang froid tu ne les aurais pas fait boire trop de champagne, puis danser de plus en plus nus des danses lascives au corps à corps. Tu aurais dû également faire part à ta femme de tes intentions sournoises, l’éclairer sur les conséquences d’une défaillance et sur ce que tu considérerais comme une faute.

Tu as trop finassé avec elle. Car tu lui as laissé penser que tu prendrais plaisir au spectacle de rapports charnels entre eux. A-t-elle reçu un message sans ambiguïté signifiant par exemple

. - Si tu lèves ton verre avec lui, si tu danses avec lui comme tu l’as fait samedi, si tu te déshabilles, si tu le caresses, si tu l’embrasses, si tu le suces, si tu fais l’amour, ce sera contre ma volonté, contre mes valeurs ?

Non, tu lui as concédé la promesse de faciliter le divorce si elle et Louis se convenaient sexuellement. Tu as ainsi indiqué ton souhait de te débarrasser d’une femme devenue indésirable. Tu n’as pas envoyé un signe fort d’amour, tu l’as désespérée.

Au lieu de la rappeler vers toi en la serrant sur ton cœur, en l’embrassant avec affection,
tu lui as tendu un piège diabolique. Cela partait du désir de la mettre à l’épreuve, mais c’était cruellement trop difficile à comprendre dans ces circonstances. Sous le triple effet d’une attirance peut-être, de l’alcool versé en abondance c‘est certain, de contacts physiques imposés et pour ton plaisir supposé, ta malheureuse femme a été happée dans un tourbillon parfaitement maîtrisé par ce corrupteur rusé et entraîné, fort de multiples expériences dont je t‘avais entretenu mais que tu t‘es gardé de dénoncer à ta femme. Ta façon de la traiter a favorisé les projets de Louis et a affaibli l’instinct de défense de cette épouse pourtant amoureuse de toi.
Louis agitait la carotte sous son nez, et simultanément pressait son sexe bandé contre son ventre, tu as osé pousser leurs fesses pour que leurs sexes se touchent. La manœuvre n’encourageait guère à résister à la tentation, reconnais-le..

- Je suis donc, selon toi, le principal responsable de mon cocuage. Oublies-tu le double affront de Myriam ? Au bal elle a plus dansé avec le gigolo qu‘avec moi, j’y ai vu un signe d’éloignement, non une preuve d’affection et leur façon de frotter sur la piste en disait long sur une forme de complicité insultante pour un mari ! D’ailleurs tu avais été assez choquée pour m’alerter. Ensuite, au retour elle m’a juré que Louis n’avait pas d’importance. C’était un mensonge puisqu’elle l’a rappelé par téléphone et invité à la maison. Ma curiosité naturelle, mon besoin de savoir qui elle aimait de Louis ou de moi seraient à condamner ?



- Que tu veuilles savoir est normal. Je ne condamne pas le motif, mais la méthode. Ta femme t’aime. Maintenant qu’elle a compris tes motivations, elle regrette la légèreté sa conduite au bal et son erreur d‘interprétation de tes désirs réels, elle me l’a dit et répété pendant ton long sommeil et je la crois sincère. Tu lui dois des excuses plutôt que du mépris. Ne continue pas à jouer à l’épouvantail si tu ne veux pas lui crever le cœur, l’effrayer avant de te sentir seul, désespéré et suicidaire pour la deuxième fois. Quant à moi, je n’accepte pas ta façon de croire que j’ai été faible et infidèle par besoin de trahir mon époux. Voilà pourquoi tu devras entendre la suite de mon histoire.


-Voyons donc comment une femme peut s’envoyer en l’air avec un étranger et continuer à se croire fidèle.

- Malgré ton ironie, je tenterai de te faire comprendre la différence entre un acte prémédité et un acte accidentel. Jamais je n’ai prévu et décidé de tromper bruno. Je l’aimais de tout mon cœur. Infirmière le matin, je devenais l’après-midi son assistante au cours de danse.
Quand le jeune Louis se présenta, c’était, en apparence au moins, un garçon relativement timide et réservé., poli et bien élevé. Tu le connais, il est plus grand que Myriam, de ma taille environ. La nature l’a gâté, il est plaisant à regarder. Si je suis bien placée actuellement pour dire que c’est un fripon et un hypocrite sans scrupules, il y a environ deux ans, avec sa gueule d’ange il inspirait de la sympathie.

Il prétendait n’avoir jamais foulé les parquets de salles de danse et bouillait d’impatience au point de payer deux séances par semaine, contrairement aux us. Et dès les premiers pas avec moi il parut maladroit, lourdaud, gauche. Il n’avait guère le sens du rythme, perdait l’équilibre, basculait en avant ou en arrière de manière imprévisible, se rattrapait comme il pouvait. Je mis un certain temps à me demander comment on pouvait être d’une pareille maladresse. Il finissait habituellement par tituber et à s’accrocher à moi. Ses mains saisissaient mes épaules, plus souvent mes bras, mais parfois ma taille quand ce n’était pas l’un ou l’autre sein. Afin de ne pas l’exposer au rire des autres participants je pris l’habitude de le faire passer en fin de séance. A plusieurs reprises nous avons rétabli l’équilibre collés l’un à l’autre. Louis se disait alors gêné, rougissait de confusion, mettait longtemps à sortir de l’embarras. Je me voulais indulgente avec l’espoir de le tirer de son embrouillement à force de répétition.

Il advint un soir un fait assez étrange pour que j’en parle avec Bruno. Louis avait une fois de plus trébuché et avait terminé sa course les deux mains réunies dans mon dos. Nous étions étroitement enlacés et il avait beaucoup de mal à e redresser. Je partais en arrière, mon dos dessinait un arc dangereux et je craignais une chute brutale. Son torse pesait sur ma poitrine et son bassin épousait le mien. Comment ne pas sentir contre mon mont de Vénus une barre verticale dure. Louis me fixait et voulait lire dans mon regard l’impression qu’exerçait sur moi cette sensation imprévue.
Depuis le début de mon enseignement de la danse j’avais connu des personnages qui manifestaient à l’occasion une érection subite. Généralement ils s’excusaient, mettaient l’accident sur le compte de la joie de danser avec une jeune femme aussi charmante et demandaient une pause. Les plus ennuyés plaisantaient en souriant, on oubliait et on reprenait la leçon. Mais Louis profita de mon équilibre instable pour prolonger ce contact. Hypocritement il se confondit en excuses pour la perte de rythme, puis il me félicita d’avoir tenu bon. Enfin à l’exemple d’autres élèves il réclama un arrêt, prit ma main et m’entraîna sur un banc.

- Encore une fois je te prie de me pardonner ma distraction. Tu as dû remarquer mon trouble, oui ou non ? Je suis honteux de certaines de mes réactions physiques. Hélas lorsque je touche une belle femme mon pouls subit une accélération vertigineuse, mon sang bout, je monte facilement à 110 ou 120 pulsations minute et ma verge s’irrigue brutalement. Je n’ai plus de contrôle sur mon sexe qui enfle, durcit et se dresse dans mon pantalon. J’ai honte de t’avoir imposé cette épreuve et je souhaite que tu voudras ne plus y penser. Ah ! Si tu étais moins attrayante. Peut-être devrais-je arrêter ces cours.

- Mais non, tu n’es ni le premier ni le dernier homme à qui cela arrive. N’accordons pas trop d’importance à un phénomène naturel chez les humains. Tu sais que je suis mariée à Bruno, je ne suis pas pucelle, une érection ne me scandalise pas. J’ai trente ans, ne suis pas tombée de la dernière pluie, ne t’inquiète pas de cet incident et retiens que c’est pour moi un hommage à ce que tu appelles ma beauté. Je ne m’en formalise pas.

Bruno consulté m’avoua avoir parfois l’impression d’être dragué par certaines de ses élèves plus attentives à trouver un moyen de le troubler que de bien appliquer ses consignes. Cela faisait partie du métier. Quand des élèves s’égaraient un bon prof devait savoir rester impassible. Un prof est un commerçant, vit de son art, n’est pas coupable des envies de quelques personnes mal dans leur peau :

- Évite si possible de travailler trop serrée avec ton Louis. Il est jeune, fougueux. La semaine prochaine je le prendrai dans mon groupe pour calmer son ardeur. Il n’aura pas l’audace de protester et te reviendra ensuite calmé.

Entraîné par Bruno, à la sortie de son cours, alors que mon mari formait une équipe de dames et demoiselles et que je retournais à la maison, Louis m’accosta en pleine rue, un peu bougon:

- Pourquoi m’as-tu fait changer de groupe ? Est-ce une punition pour ma petite affaire. Tu m’avais pourtant assuré qu’il n’était pas grave de bander en dansant.

- Oui et je le maintiens. D’ailleurs Bruno, mon mari, avec lequel je partage tout est du même avis. Il est e propriétaire et maître principal et il contrôle régulièrement le niveau de mes élèves. C’est normal et cela rassure ceux qu’il me confie. Nous reprendrons la progression dès la semaine prochaine, sois sans crainte.

Louis retrouva sa joie et se mit à me parler de son hobby. Il était photographe autodidacte. Il me montrerait avec plaisir ses plus belles œuvres. Il composait des books à la demande pour de jeunes chanteuses ou apprenties comédiennes.

-J’aimerais beaucoup avoir tes appréciations sur mes réalisations. Je t’offrirais avec plaisir ton book de professeur de danse.

- C’est très gentil. Est-ce nécessaire ? J’ai une situation dont je suis satisfaite. Ma meilleure promotion c’est le bouche à oreille.

- J’aurais tellement aimé te photographier. Je vois bien que je t’ai fâchée, tu me refuses tout. Tu me feras bien une visite pour voir mes travaux.

- Puisque cela peut t’enlever l’idée d’une bouderie ou de je ne sais quel désaccord je viendrai. As-tu une date à me proposer ?

Le rendez-vous fut pris sur l’heure. Il était facile de consoler ce brave jeune homme.

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