Mon Âme M'Échappe

On est hiver sombre et froid. Ce soir je file en deuch vers Léognan. Je vais donner leçon de maths ou de physique à une petite blondinette, la fille du maire, toubib aussi, de cette banlieue de Bordeaux.
Le long du chemin la brume est montée et les bas-côtés sont des pièges. Je pense, au retour, j'aurai du mal à rentrer.

Mais je roule vite.

Il me tarde d'être à pied d'oeuvre. Il me tarde d'être auprès d'elle. Je pense au bal des Lazes. Je suis le péone, le serf aux pieds de la princesse. Mais je sais quand même qu'elle a intérêt pour moi.
Les identités remarquables sont ma potion magique. Je sais que je vais la captiver. La séduire probablement pas. Mais la captiver assurément.

Un dessin, un carré tracé sur le papier. Deux traits pour tracer ce que j'ajoute. À "a" j'ajoute "b". En haut et à droite aussi.
Sur le dessin on voit parfaitement les quatre surfaces. Le carré original a2. Dans la diagonale, b2, le carré rajouté. Et par côtés les deux rectangles ab et ba.

Moi je vois ça comme révélation. La fille lève ses yeux bleus vers moi et je comprends qu'elle n'est pas dans le coup. Pas du tout.

(a + b) au carré = a2 + 2ab+ b2

La fille, elle me dit Bob Dylan. Elle me dit d'abord j'ai écouté Hugues Auffray. Mais après j'ai vraiment écouté les paroles. J'ai compris l'anglais. Avec le dictionnaire. Sérieux. J'ai tout compris ce qu'il dit Bob Dylan. Dit des choses fortes Bob Dylan.

La fille avait un minois de gamine de quinze ans. Avec petits seins minuscules ridicules sous son polo à crocodile sur le devant. Et elle me matait, l'air insolent, à que c'est moi que j'ai raison.

Moi, je faisais le cake. Revenons aux identités. Il y a mieux. Voyez a2-b2 = (a+b)(a-b)
Et de dessiner à nouveau un rectangle a + b d'un côté, a - b de l'autre et de montrer cette évidence que le résultat était sans conteste le grand carré avec le petit carré dans un coin.



Et la fillette a relevé ses yeux vers moi et m'a dit, dans l'histoire du paysan qui ne veut pas que sa fille aille coucher avec le chanteur. C'est pareil que votre carré et vos rectangles.

Moi je ne comprenais pas où elle voulait en venir. Ces histoires de Bob Dylan, je comprenais pas, je comprenais rien.

Le seul truc que je comprenais, moi, c'était ces tétés pointus sur mini seins que j'avais envie de sucer qu'importe Bob Dylan ou les identités remarquables des équa de premier degré.

Les parents n'étaient pas là. Le père recevait sa patientelle à haute cadence dans son cabinet, la mère s'égarait en clubs de bridge ou de golf. Et moi je rêvais d'identités remarquables avec petits seins pommelant le polo blanc de mon élève. Et dix doigts furieux qui voulaient...

La fille me regardait de ses yeux pales et me disait viens explique-moi. Et moi je cherchais, moi aussi, à comprendre. Et on voulait, tous deux. On voulait savoir. Dylan d'un côté, le bon. Les formulations d'algèbre de l'autre. Le mauvais côté, le côté sombre ?

Ma hanche était contre la sienne, chaude.

Cela a suffit. Ma bouche a voulu, la sienne était tout ouverte et cela s'est fait ainsi.

Bob Dylan n'avait probablement rien de bien intéressant à nous dire, à nous raconter. Enfin rien qui vaille mieux que mes lèvres sur les siennes, que mon ventre contre le sien.

Et les identités non plus

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