Lectures Érotiques (10). Claude Des Orbes : Emilienne (Editions 10/18, 1968)

Paru en 1968 et donc contemporain de la seconde publication par E. Arslan de son best-seller « Emmanuelle, la leçon d'homme », « Emilienne » est le roman qui a fait découvrir la bisexualité et le saphisme, dans la France des années 1970. Sans atteindre la renommée d'Emmanuelle en littérature érotique et au cinéma, cet ouvrage, aujourd'hui épuisé, est un classique du genre.

Je veux dédier cette fiche de lecture à une personne dont je recommande les récits sur HdS car, mieux que personne, ils font découvrir le plaisir saphique : Florence27, membre Premium chez Hds. Je ne doute pas qu'elle connaisse et apprécie ce roman et, que, comme je l'ai fait, elle s'est souvent caressée à sa lecture.

Ce roman-là, je ne l'ai pas découvert comme cela avait le cas pour « Emmanuelle » à l'adolescence dans « l'enfer » de la bibliothèque familiale, mais bien plus tard, quand, devenue conjointe de Philippe, celui-ci, qui connaissant mon attirance pour les femmes, a voulu me faire découvrir ce livre qu'il avait acheté alors qu'il était étudiant.

Emilienne a aussi fait l'objet d'une adaptation au cinéma en 1975, un film français de Guy Casaril, avec Betty Mars dans le rôle d'Emilienne, Pierre Oudrey dans le rôle de Claude et Nathalie Guérin dans le rôle de Nouky (Adilée dans le roman). Il est à noter que le scénariste ne reproduit pas exactement le contenu du roman, puisque, dans ce film érotique, les rôles sont inversés et la «perverse» c'est Emilienne, alors que dans le roman, elle est victime de la perversité de Claude et d'Adilée. Fatigué de satisfaire les plaisirs pervers de son épouse, Claude entame une relation avec une autre femme. Le jour où Émilienne découvre l'adultère, elle demande à son mari d'installer sa maîtresse chez eux pour expérimenter de nouveaux fantasmes...
Le roman de Claude Des Orbes est donc bien différent de ce scénario. Emilienne en est le personnage central et la victime des desseins pervers de Claude et d'Adilée.



L'AUTEUR

Le roman a été écrit par Claude Des Orbes (ou Claude Des Olbes). Edité une première fois en 1968, il est épuisé et ne peut plus être trouvé qu'en livre d'occasion sur les sites de vente par internet.

Malgré mes recherches, je n'ai pas réussi à trouver aucune information sur l'auteur. Très certainement un pseudonyme, dans le contexte de la censure vigilante de la France des années 60.

Je lance donc un appel à mes lecteurs et lectrices s'ils disposent de plus d'informations. N'hésitez pas à compléter ce récit par vos commentaires.

RESUME

L'action se déroule au lendemain de la guerre. Claude est marié depuis 9 ans à Emilienne, qui travaille dans une maison d'éditions. Lui partage son temps entre Paris et Lyon, où il enseigne à l'école des Beaux-Arts. Ils n'ont pas d'. Emilienne est décrite comme « une blonde opulente »

A Lyon, Claude a une liaison avec une de ses étudiantes, une « intense brune », Adilée, fille d'un colon de Blida. Quand Claude termine son remplacement à Lyon, Adilée le suit à Paris, où Claude essaie de trouver l'équilibre entre ses deux femmes.

Claude avait deviné l'inclinaison pour les femmes chez Emilienne, qui n'était jamais passé à l'acte, et chez Adilée, qui, elle, avait déjà eu des expériences saphiques.


Pour tenter de se sortir de l'impasse de sa double vie, mais aussi par vice, l'idée va germer chez Claude de pousser Emilienne dans les bras d'Adilée, en pleine complicité avec sa jeune maîtresse.

Pour les faire se rencontrer, Adilée prétend qu'elle a écrit un roman érotique, à l'époque de la poétesse Sapho, intitulé « Mnais et Phyllodoce ». Claude va suivre de près la conquête d'Emilienne par Adilée.

Adilée envoie à Emilienne les premières pages. Les deux femmes finissent par se rencontrer et, dès la première rencontre, Adilée drague la femme mure. Emilienne en est profondément troublée et se confie à Claude, qui l'encourage.
En parallèle, il bénéficie du compte-rendu fidèle d'Adilée. Emilienne est leur proie.

Adilée, avec science et sadisme, pratique le chaud et le froid. Un diner chez Lipp marque les premiers attouchements, et, au moment de se quitter se produit le premier baiser sur les lèvres. A la rencontre suivante, au domicile d'Emilienne, un nouveau et intense baiser et Adilée sort le sein d'Emilienne de son corsage, puis fait semblant de se reprendre et s'enfuit. Emilienne est tombée amoureuse de la maîtresse de son mari.

Claude va assister discrètement au triomphe d'Adilée. L'une et l'autre lui feront un compte-rendu de cette première fois, et Claude, fou de désir après la scène torride à laquelle il a assisté, honorera Emilienne comme il ne l'avait pas fait depuis longtemps.

Adilée poursuit son plan en informant Emilienne qu'elle a un amant qui l'entretient. Emilienne est malade de jalousie. Adilée, prétendant qu'elle sacrifie sa liaison pour elle, pousse Emilienne à lui offrir Claude.


Claude les surprend à nouveau en train de faire l'amour. Il les rejoint et il « devient » l'amant d'Adilée.

Le trio est désormais formé. Adilée finit par venir habiter chez Claude et Emilienne.


Après la lune de miel, vient le temps des orages. Adilée n'accompagne pas le couple lors de vacances à Ouessant, dans le seul but de faire souffrir Emilienne. Elle cherche en vain à séparer Claude d'Emilienne. Emilienne ira se consoler de sa rupture avec Adilée dans les bras des femmes d'Ouessant, dans une partouze saphique.

Elle croyait ainsi se libérer d'Adilée. Emilienne est devenue une lesbienne exclusive et, si elle raconte à Claude ses rencontres, il n'est plus question de triangle. Elle ramène de leur séjour à Ouessant une maîtresse, Sirène. Quand Claude, frustré, prend celle-ci de force et que cette fille s'en va, son couple avec Emilienne est brisé.

C'est alors la descente aux enfers d'Emilienne, qui enchaîne les relations saphiques.
Claude devient alors le complice d'Emilienne, l'accompagnant dans ses « chasses ».


Emilienne n'a cependant pas oublié celle qu'elle aime toujours. Et Emilienne envoie Claude à Saint-Tropez pour ramener Adilée. Elle accepte de revenir, triomphante, et va désormais jouer le rôle dominant. Cette domination s'exerce d'abord par l'usage de la cravache par Adilée sur le corps d'Emilienne.

Elle obtient ensuite que Claude lui fasse un et finit par arriver à ses fins : séparer Claude d'Emilienne, qui engage une procédure de divorce. Adilée triomphe : elle devient l'épouse de Claude. Son nouveau couple sera la punition du mari pervers.

Claude tente en vain de reconquérir Emilienne. Celle-ci, qui a refait sa vie avec une femme, l'éconduit.

La boucle sera bouclée, avec la formation d'un nouveau trio, quand Adilée livrera Claude à son amant antillais Epiphane. Claude manque d' Adilée, puis se soumet : « Ainsi, pour la punition de toutes mes fautes, s'ouvrait un enfer auprès duquel celui que j'avais connu entre mes deux tribades n'était que bonheur et innocence. »

NOTES DE LECTURE : quelques passages que je retiens.

Le premier est naturellement quand Claude est le témoin caché de la première fois où sa femme et sa maîtresse font l'amour : « les deux femmes se laissèrent aller sur le dos et je vis les doigts d'ambre de l'Algérienne étirés sur le cocon d'or.
Puis ce fût un mouvement saccadé de sa main auquel Emilienne répondit par le mouvement spasmodique de son ventre. Les yeux d'Emilienne restèrent fermés, quand par un long cri, qu'elle cherchât à en se mordant les mains, elle consacra la détente. Ceux d'Adilée se fixèrent sur les miens et elle me regarda d'un air d'inextricable triomphe. »

Il y a aussi le premier trio. Claude surprend les deux amantes avant de les rejoindre.

« La bouche de la blonde descendit tous les échelons du corps de la brune et, sans une pause, rejoignit le triangle (.
..) Déjà tout le bas du visage d'Emilienne s'y perdait comme le museau d'une chèvre dans les hautes herbes. (...) Adilée, la tête renversée à l'extrême, ouvrait les mains comme si la manne du plaisir allait y tomber. (...) C'est Emilienne que j'étreignis de toutes mes forces, mais c'est Adilée que je pris. »

J'ai aussi beaucoup aimé le passage où Emilienne, pour oublier le chagrin que lui cause Adilée, se livre à une partouze saphique avec les femmes d'Ouessant.

« Ma femme avait été jetée sur les matelas, et de toutes parts les mains, les bouches, les ongles la travaillaient. Une des acolytes frottait sur les pâles bourgeons de la gorge citadine ses tétins noirs et durs de sirène campagnarde ; l'autre, ayant mis en place un index bougre, poussait dans le creux des reins frissonnants une langue active. La meneuse du jeu forçant, de ses bras robustes, l'ouverture des faibles cuisses, vint bientôt brouter la motte blonde. »

Claude est le témoin et le complice de la déchéance d'Emilienne :

« Je devins en quelque sorte le souteneur désintéressé d'une tribade. (...) Un après-midi de dimanche, elle me disait : « Descendons sur les boulevards. J'ai envie de faire des femmes. (...) Il fallait voir avec quelle prestesse elle accrochait la passante apparemment la plus détachée. (...) Quand je demandais à Emilienne des explications, elle disait seulement : « Cela se sent » ou « En toute femme, il y a une gouine qui sommeille. »

Je retiens aussi la scène des retrouvailles, après le retour d'Adilée :

« Emilienne, qui avait pris soin de s'habiller d'une façon très légère, était déjà nue et, à mains fiévreuses, arrachait le corsage, la jupe d'Adilée. Quand les seins furent à l'air, elle se précipita sur eux avec un rugissement, multipliant des baisers qui voulaient d'un seul coup reprendre possession de toute la peau. Des seins elle remonta vers la bouche qu'elle dévora, puis descendant tout le long di dos, la langue ardemment trémmulante, procéda à tous les écartements et retournements qu'on peut imaginer. Un molosse lâché après huit jours de jeûne sur un morceau de gibier ne peut donner qu'une mince idée de la gloutonnerie de ma femme retrouvant ce sexe dont elle avait été privée pendant neuf mois. »

Au total, ce roman comprend de beaux passages décrivant avec sensualité la beauté de l'amour entre femmes. Il est à noter qu'Emilienne est un roman sur le saphisme et l'homosexualité, mais aussi sur le triolisme, plus que sur la bisexualité, même si Claude est au centre du trio entre sa femme et sa maîtresse.

Il ressort de ce roman un certain malaise, devant le vice de Claude, la dépravation d'Emilienne, le cynisme d'Adilée, les rapports de domination. On peut être aussi mal à l'aise avec sa conclusion, le viol de Claude par l'amant d'Adilée étant présenté comme une punition, alors qu'un trio entre une femme et deux hommes bisexuels peut être tout aussi porteur d'amour qu'un trio entre un mâle et deux femmes.

CE ROMAN ET MOI

J'ai découvert ce roman bien après que j'ai pris conscience de ma bisexualité, laquelle vient de loin, puisque j'ai découvert ces plaisirs le jour même de mon dépucelage, dans les bras de Maria, l'épouse de Gianni, mon premier amant. Cette fiche de lecture est l'occasion pour moi de revenir sur ma bisexualité et ce que représente pour moi mon attirance pour les femmes.

Je ne me sens pas homosexuelle, ce qui veut dire que j'aime les hommes et d'abord les hommes, mais aussi les femmes. Je comprends et respecte ces femmes qui ont choisi exclusivement cette forme de plaisir. Je ne supporte qu'on les qualifie avec mépris de gouines, je préfère qu'on parle de lesbiennes ou de tribades.

Je suis profondément bisexuelle et je ressens toujours les besoins du plaisir entre femmes, comme complément indispensable de mon hypersexualité qui, elle s'adresse aux hommes et qui fait qu'il m'est impossible de me contenter d'un seul homme, même quand je suis follement amoureuse de lui. Je recherche chez l'homme les étreintes viriles, le besoin d'être prise, possédée, en un mot baisée, traitée comme la salope et la putain que je suis à ce moment-là.

Avec les femmes, c'est très différent. Je suis tout à la fois active et passive. C'est plus tendre, plus doux et le plaisir est tout aussi intense. Parce que nous connaissons nos corps, je suis insatiable à recevoir et donner baisers et caresses féminines, à fouiller et à être fouillée par des doigts impatients, à explorer une intimité et à subir cette caresse qui me brise de plaisir. Quand nous faisons usage d'un gode, je préfère quand il est double de façon à prendre et être prise. Donner et recevoir en même temps du plaisir est un privilège du saphisme.

Je n'irai pas jusqu'à dire que, pour être femme, il faut assumer sa bisexualité. Je pense juste que je suis pleinement femme parce que j'aime aussi les femmes.


Maria m'a initiée, mais ce sont Christine et Agun qui m'ont fait découvrir tout le potentiel de plaisir du saphisme.

J'ai eu, dans ma vie sexuelle, bien moins d'amantes que d'amants. J'ai eu des relations saphiques qui étaient motivées par la seule recherche du plaisir, comme avec mes collègues Ann et Ursula (voir Récit numéro 3 de « Philippe, le mari candauliste et Olga l'épouse hypersexuelle »), avec Rita, une jeune prostituée (Récit numéro 11) ou encore lors de la séance avec les collègues féminines de Philippe (Récit numéro 23).

Certaines de mes amantes m'ont durablement marqué, comme Christine, devenue mon amie la plus proche. Ce fût aussi le cas de la relation saphique et sado-maso que j'ai eue avec la terrible Marie C., malgré les sentiments de haine qu'elle avait pour moi.

En général, mes relations saphiques ont été plus longues et plus sentimentales que mes relations avec mes innombrables amants. J'ai parlé, dans mon second récit, de Daphnée, l'épouse d'un de mes amants, que j'avais initiée aux plaisirs saphiques et qui était tombée follement amoureuse de moi et chez qui j'ai vécu après ma rupture avec mes parents. Nous avons vécu, avec Christine (Récit numéro 14) une passion vive mais éphémère, qui est devenue une solide amitié.

J'ai trouvé aujourd'hui un nouvel équilibre dans ma bisexualité depuis qu'Agun est revenue dans ma vie, il y a quatre ans. Pour moi désormais, ma bisexualité repose sur un lien sentimental fort, amoureux, et non pas sur une pulsion sexuelle.

J'avais rencontré (Récit numéro 6) la jeune masseuse thaïlandaise il y a treize ans, au moment où je luttais avec l'énergie du désespoir contre mes pulsions hypersexuelles et que je résistais aux fantasmes candaulistes de Philippe. J'ai connu, avec Agun, un plaisir indescriptible, comme Emilienne l'a connu lors de sa première fois dans les bras d'Adilée. Certes, pour moi, comme pour Adilée, ce n'était pas une première fois, mais ce fût en fait comme si. Dans le domaine du saphisme, il y a eu pour moi du fait d'Agun un avant et un après. Nous étions tombées follement amoureuses l'une de l'autre.

Pendant près d'une décennie, période où j'étais successivement sous la coupe de Rachid, puis d'Hassan, Agun avait disparu de ma vie car elle était rentrée dans son pays. Nous étions cependant restées en contact et nous sommes retrouvées quand elle est revenue en France.

Depuis nous formons elle et moi un couple lesbien, à côté de mon couple officiel avec Philippe. Il ne s'agit pas, comme dans « Emilienne », d'un trio. Nous ne vivons pas tous les trois sous le même toit, Philippe n'est pas l'amant d'Agun, même si j'ai voulu qu'elle connaisse le plaisir qu'apporte un homme et qui a fait qu'elle a accepté, parce que je l'ai voulu, que Philippe la prenne devant moi. J'étais présente, je la rassurais, je lui tenais la main, je l'encourageais, l'embrassait, la caressait, pendant que le mâle la déflorait. Mais Agun est restée exclusivement lesbienne, dévouée à la femme qu'elle aime, n'exigeant rien de moi, la bisexuelle, autre chose que les moments de tendresse et de plaisir que nous pouvons nous accorder. Je reparlerai plus en détail de ce couple parallèle pour lequel je ne remercierai jamais assez Philippe d'avoir accepté cela, parce qu'il sait la force de notre amour et le besoin que j'ai d'être proche de celle qui est devenue la femme de ma vie. Moi l'hypersexuelle qui a multiplié les partenaires masculins, je me suis stabilisée pour la partie bisexuelle de ma libido et suis, depuis nos retrouvailles, fidèle à Agun.

Je conclurai cette fiche de lecture en exprimant le bonheur infini d'être bisexuelle.

Comme le dit Emilienne à Claude : « En toute femme, il y a une gouine qui sommeille ».

Pour moi je ne me sentirai pas pleinement femme si je n'étais bisexuelle. Rien ne peut remplacer l'étreinte virile d'un mâle, la jouissance qu'apporte la possession. Mais rien n'égale la douceur, la tendresse, l'infinie plénitude des caresses féminines. J'aime les femmes !

Me revient en mémoire, au moment de terminer cette fiche de lecture, ce beau poème érotique de Renée Vivien (1877-1909) la poétesse du saphisme, la lointaine héritière de la grande Sapho, dont je reparlerai.

« Désir

Elle est lasse, après tant d'épuisantes luxures.
Le parfum émané de ses membres meurtris
Est plein du souvenir des lentes meurtrissures.
La débauche a creusé ses yeux bleus assombris.

Et la fièvre des nuits avidement rêvées
Rend plus pâles encore ses pâles cheveux blonds.
Ses attitudes ont des langueurs énervées.
Mais voici que l'Amante aux cruels ongles longs

Soudain la ressaisit, et l'étreint, et l'embrasse
D'une ardeur si sauvage et si douce à la fois,
Que le beau corps brisé s'offre, en demandant grâce,
Dans un râle d'amour, de désirs et d'effrois.

Et le sanglot qui monte avec monotonie,
S'exaspérant enfin de trop de volupté,
Hurle comme l'on hurle aux moments d'agonie,
Sans espoir d'attendrir l'immense surdité.

Puis, l'atroce silence, et l'horreur qu'il apporte,
Le brusque de la plaintive voix,
Et sur le cou, pareil à quelque tige morte,
Blêmit la marque verte et sinistre des doigts.

Renée Vivien, Cendres et Poussières, 1902 »

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