Hébergement D'Urgence (22)

– Attendez !
Je m’apprêtais à m’asseoir pour déjeuner.
– Attendez ! Baissez ça !
Mon pantalon de pyjama.
Et elle m’a enfourné dans la cage. A verrouillé.
– Là ! Voilà ! Vous v’là paré pour la journée. Et même peut-être pour plusieurs jours. On sait pas. On verra.
Elle est allée se servir un café. Venue s’asseoir en face de moi.
– Elle en était sûre, Romaine.
– De quoi donc ?
– Que ça se passerait comme ça, ce matin. Qu’il y aurait pas besoin de grands discours. Que ça irait de soi. Parce que j’ai fait le plus dur.
Elle a avalé d’un trait son verre de jus d’orange.
– Elle trouve que ça va vite avec vous, n’empêche. Très vite. Mais que ça pourrait aller encore plus vite si je voulais. Que je pourrais brûler les étapes. « T’avais déjà pris le pas sur lui avant. Alors maintenant t’as plus qu’à dérouler. » Sauf que moi, j’ai plutôt envie de prendre mon temps. De bien en profiter. Parce que c’est pas tous les jours qu’on a l’occasion de vivre un truc pareil. Même pour vous, d’ailleurs, c’est mieux, dans un sens.
– J’ai l’impression que cette Romaine te donne de bien mauvais conseils.
– Ou de très bons au contraire.
– Je peux te demander quelque chose ?
– Essayez toujours !
– Qu’est-ce que vous aviez de si important à vous dire, hier soir, que j’avais pas le droit d’entendre ?
– Ah, vous aimeriez savoir ça, hein ! Eh bien vous saurez pas.
J’ai dû esquisser, sans le vouloir, une petite moue de désappointement parce qu’elle a aussitôt ajouté.
– Eh, oui, c’est frustrant ! Mais ça, va falloir vous y faire à la frustration. Et pas qu’un peu ! Parce que le but, à terme, c’est que vous en tombiez éperdument amoureux de la frustration justement. Qu’elle vous satisfasse mille fois plus que n’importe quoi d’autre. Dans tous les domaines. Oh, mais on y arrivera, vous verrez, on y arrivera.
Elle a souri.
– Ça vous allèche, hein, cette perspective ! Oh, si, si ! Au moins un peu.

Et même plus qu’un peu. Vous pouvez pas dire le contraire. Ça se voit dans vos yeux. Mais tant mieux ! Ça va nous faciliter les choses.
Elle est allée déposer sa tasse dans l’évier.
– Déjà, ce soir, avec Alexis, on va pas mal décanter de ce côté-là. Parce que la cage, je vais vous la laisser, ça, c’est sûr. Ça s’impose. Mais après, qu’est-ce qu’il vaut mieux ? Que vous vous contentiez de nous regarder faire des trucs ensemble, lui et moi ? Ou que, d’une façon ou d’une autre, vous participiez ? J’arrive pas à me décider. J’hésite. Oh, mais il y a pas le feu n’importe comment. On a jusqu’à ce soir pour y penser. Allez, on va ouvrir maintenant. C’est l’heure.

* *
*

Elle a fini de servir sa cliente, l’a regardée partir, m’a rejoint à la caisse.
– Il y a un truc qu’on pourrait faire… Qui me plairait bien…
– Oui ?
– Ce serait que j’en choisisse une, de cliente, à un moment où il y aurait pas trop de monde, que je lui dise, en confidence, que je vous enferme la queue et que je lui propose d’aller jeter un coup d’œil, en cabine, discrètement là-dessus.
– Elle serait pas ment intéressée.
– Pas grave. J’essaierais avec une autre. Il finirait bien par y en avoir une. Et plus vite que vous ne pensez. Parce que souvent on est curieuses, nous, les filles, vous savez…
– Ah, ça !
– Seulement c’est pas trop possible, malheureusement. Du moins ici. Parce qu’en deux jours tout le pays serait au courant. Ça vous causerait du tort. Et c’est pas le but de l’opération. Mais ailleurs, par contre, on pourrait parfaitement l’envisager.
– Et tu verrais ça où ?
– J’ai ma petite idée. Ce serait loin. Six cents kilomètres. Suffit juste que je passe deux ou trois coups de fil et le tour est joué. Il y a plus qu’à… Qu’est-ce vous en dites ? Ça vous déplairait pas, je suis sûre. Hein ? Avouez ! Oh, et puis zut ! Ça fait trois fois depuis ce matin…
– Trois fois que quoi ?
– Que je me penche sur votre cas.
Est-ce que ça va vous plaire ? Est-ce que vous allez aimer ? Est-ce que ça va vous convenir ? Elle dit que j’ai tort, Romaine. Que j’y attache beaucoup trop d’importance. « C’est toi, l’essentiel. C’est toi qui comptes. Et le plaisir que tu prends à faire ce que tu veux d’un homme qui a le double de ton âge et qui est ton patron. Lui, de toute façon, plus il sentira que tu y trouves ton compte et plus il y trouvera le sien. »
– Elle a pas ment tort.
Et on s’est souri.

* *
*

Alexis est arrivé à sept heures tapantes.
– Bon, ben mettez-vous à l’aise, les garçons ! Ce sera plus sympa.
Elle a jeté un petit coup d’œil appuyé à sa queue et lui à ma cage. On s’est installés devant l’apéro et elle a voulu savoir. Avoir un autre son de cloche que celui de Romaine.
– Ça se passe comment elle, avec le patron ?
– Oh, bien. Normalement. Personne n’est au courant. Personne ne se doute de rien.
– Oui, non, mais ça, d’accord ! Au boulot. Mais en-dehors ?
– J’y suis pas toujours.
– Mais quand tu y es ?
– Ça dépend. Ce qu’elle aime bien, c’est lui faire des remontrances. Elle lui fait baisser son pantalon et elle le gronde. Pour des trucs qui se sont passés au restaurant. Ou d’autres. Des trucs entre eux. Je comprends pas toujours de quoi il s’agit. Ça peut durer des heures. Mais, ces soirs-là, elle le décage jamais. « Tu le mérites pas. » Parfois il a même droit, en prime, à une petite correction au martinet. – Ah, carrément !
– Et puis il y a d’autres fois où elle l’ignore complètement. Exactement comme s’il existait pas. D’autres fois encore, pas très souvent, elle le récompense. Elle lui donne le droit de se branler. Autant qu’il veut. Et alors là, je peux te dire qu’il se déchaîne. Parce qu’il a un sacré retard à rattr.
– Et ton rôle, à toi, dans tout ça ?
– C’est surtout d’être là, d’être témoin.
– Seulement d’être témoin ?
– Oh, non, non. De temps à autre, elle me demande d’aller m’enfouir en lui.

– Pour ton plus grand plaisir, j’imagine…
– On peut rien te cacher.
– Jamais.

Son portable a bipé. Un SMS.
– Ah, ben tiens, c’est l’autre. Émilie. Ou Émile. C’est comme on veut. Oui, ben on est pas près de la revoir. Elle est au Pérou.
– Au Pérou ? Qu’est-ce qu’il fout là-bas ?
– Alors ça !
Et elle a expliqué à Alexis. La petite annonce. La rencontre.
– T’hallucines complètement. Parce que quand tu la vois, toute pimpante, féminine jusqu’au bout des ongles, jamais t’irais imaginer qu’elle a une paire de couilles et une queue entre les jambes.
Et puis le club. Avec les trous dans la cloison.
– C’est trop le délire toutes ces bites à disposition, là, comme ça. T’as plus qu’à te servir. Et je peux te dire qu’il y a des nanas, elles y vont gaiement. C’est la fête.
Il l’a écoutée avec une extrême attention.
– C’est où ? J’irais bien y faire un tour, moi !
– On s’organise ça quand tu veux. D’autant qu’avec un peu de chance, c’est moi qu’aurai le plaisir de te prendre en bouche.
– Oh, ben pour ça, il y a pas besoin de courir jusque là-bas. Ça peut se faire maintenant. Et ici.
Oui, mais non. Maintenant, c’était pas de ça qu’elle avait envie. Ce dont elle avait envie…

On est allés tous les trois dans la chambre.
Ce dont elle avait envie…
Elle m’a fait signe.
– Venez ! Préparez-moi !
Je m’y suis employé. Avec délectation. Avec mes doigts. Avec ma langue. J’ai aspiré ses anfractuosités nacrées. Je les ai parcourues. Je m’y suis enfoui. Je les ai bues. Je m’en suis enivré.
Elle a chuchoté.
– Derrière.
Où je l’ai abondamment enduite de sa mouille. Où j’ai cerné. Patiemment sculpté. Approfondi. Où j’ai glissé un doigt. Qui s’est aventuré. Un deuxième. Elle a ondulé du bassin. Et appelé.
– Alexis !
À qui j’ai cédé la place. Qui l’a occupée avec sa queue.
Il a gémi. Elle a crié.

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