Revoyons-Nous (Partie 1)

Je n’avais pas ressenti un tel désir pour une femme depuis des années.

Elle était apparue, au hasard de mes déambulations numériques, dans les suggestions d’un réseau social quelconque.

J’avais été immédiatement happé par sa beauté irréelle : de grands yeux félins, de ceux qui hypnotisent. Une bouche aux lèvres généreuses, gonflées de chair et de vie. Une chevelure blonde très apprêtée, qui savait se faire sauvage sur quelques rares clichés. Elle avait tout d’une lionne assoiffée. Et j’étais fou de la contempler, moi, banal homme blanc aux cheveux bruns, archétype même du mec commun.

Je m’abonne à elle.

Et lui laisse ces quelques mots en commentaire d’une photo sur laquelle elle enlaçait son homme : « Il ne tiendra pas la comparaison ».

Une heure plus tard, une notification m’indiquait qu’un message privé m’attendait.

C’était elle.

Et cette réponse succincte : « Je tiens le pari ».

J’ai hésité à lui écrire une longue réponse. À jouer la carte du romantisme, de l’homme attentif à l’autre, de celui qui saurait la comprendre et l’écouter.

Finalement, ce fut : « Voyons-nous demain, 15h00. Je te laisse le choix du lieu ».

Sa réaction fut immédiate, prémisse des moments sauvages que nous devions vivre ensemble : « J’ai réservé une chambre, dans un Day Use. Celui près de l’aéroport. Repose-toi. Tu seras vite épuisé ».

La mention du Day Use laissait supposer que je ne serai pas son premier amant furtif.

Elle avait heurté mon point sensible. Mon égo maladif me dictait désormais de surpasser tous les autres. Je lui arracherais l’envie de me revoir.

Les heures passèrent bien vite. Le temps s’accélère toujours, soumis au feu de la convoitise.

J’arrivais à l’hôtel indiqué, une demi-heure en retard. Une impolitesse risquée, mais volontaire. Soit elle était déjà partie. Soit elle bouillait d’impatience et de colère.

J’espérais la deuxième option, qui me permettrait d’entrer bien vite dans le vif du sujet.

La réceptionniste m’indiqua l’étage et la chambre. Ayant repéré l’extérieur du bâtiment avant d’y pénétrer, j’avais compris qu’il s’agissait de la suite qui donnait directement sur le vaste parc arboré de la propriété par une baie vitrée large et transparente.

On nous verra sûrement.

Bon point.

Arrivé devant la porte de la suite, je frappe.

Un seul coup.

Je préfère réserver les autres pour plus tard.

J’entends des pas qui se rapprochent, portés par le cliquetis caractéristique des talons hauts. Le bruit est sec. Elle a l’intention de me faire payer mon retard.

Je ne lui en donnerais pas l’occasion.

La porte s’ouvre, lentement.

Dans l’encadrement, la silhouette d’Aphrodite se dessine. J’utilise ce nom à dessein. Regardez la déesse peinte par Botticelli dans son Printemps pour vous faire une idée de la pureté de son regard, dans lequel je plonge à présent.

Le reste de son visage, tout comme son corps, empreinte à la Bardot, dans ses meilleures années.

Aucune chance que je laisse passer l’occasion de jouir de ce chef d’œuvre.

Elle plante ses yeux dans les miens, tout en étirant suffisamment ses bras pour me faire barrage.

Nos regards dialoguent. Se jaugent.

Je sais ce qu’elle veut.

- Recule !

- Je ne bougerai pas, me défie-t-elle.

- Recule, ou je vais être obligé de te baiser.

Elle reste impassible, et me nargue, persuadée de ma faiblesse. Ou bien est-ce une invitation à ne pas la ménager. Je privilégie cette possibilité.

Je la saisis par le cou. Mon bras est tendu, presque crispé, et communique à sa peau l’intensité de la bestialité qui s’empare de moi tout à coup.

Elle esquisse un sourire conquis, et cède un mètre, puis deux, tout en continuant à me faire face.


Nos pas esquissent comme un tango chaloupé, rythmé par nos souffles, de plus en plus audibles, que ravage le désir qui s’empare maintenant de nous deux, avec une rare intensité.

Nous avons ainsi traversé le couloir, puis la pièce principale, rivés l’un à l’autre par ma main qui ne desserre nullement son étreinte, sans pour autant se faire violente.

Nos visages se sont rapprochés.

Sa respiration se dépose, haletante, sur mon cou.

Je la domine d’une tête.

Je la domine tout court.

Son dos heurte la baie vitrée. Mon corps avance encore un peu, jusqu’à épouser ses formes, puis les compresser.

Je sais que dehors, on l'observe, dans sa robe moulante en organza, qui laisse deviner ce qu'elle me cache encore.

Elle ne peut plus ignorer ma soif de la posséder.

Mon sexe durcit, prêt à exploser, bat comme un cœur contre son ventre.

Ma main s’assouplit lentement, puis se porte à sa chevelure, que j’empoigne fermement.

Elle ne peut plus bouger.

Je me penche jusqu’à son oreille et lui glisse, d’une voix ferme et grave :

« Quoi que tu dises, quoi que tu fasses, je vais te baiser. Ici, et maintenant ».

Elle échappe un râle.

« Tu seras ma chienne. Tu entends ? Ma chienne.

Et, pour commencer, j’ai un os à te faire ronger ».

[SUITE A VENIR]

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