Ado

""Les ados, ils découvrent. Bien, mal, j’ai mon idée là-dessus : il y du rose, « Valentine », « Mercredi de pluie » et quelques autres.
Aujourd’hui, du gris. Gris foncé.""

Aurélie est blonde. Des cheveux longs et fins qu’elle enroule en chignon retenu d’une pince. Dans son sac, son sac de cours, quelques feuilles en vrac, une trousse avec des crayons, et, une brosse à cheveux, quelques élastiques, un chouchou noir et un petit nécessaire à maquillage. Petit ? Le strict nécessaire. Fard à paupières, du bleu, et du vert avec des paillettes argentées, du gloss, une crème mate pour ses joues, du ricil, une pince à épiler et un gros pinceau pour le petit poudrier avec son miroir grossissant à l’intérieur du couvercle. Dans son sac elle a aussi un ou deux protège-slip, des tampons hygiéniques et un string de rechange. Le minimum pour une journée au Lycée.

Vous croyez que j’ ? Pas du tout !
Si vous en avez l’occasion, ralentissez donc en passant devant un Lycée à l’heure de la rentrée, des Aurélie, vous en verrez sans doute.
Regardez à quoi elle ressemble …

Un collant noir très moulant qui dessine bien ses fesses, un peu fortes, pas trop, bien dessinées, et ses hanches arrondies, des formes, des chaussettes de laine écrues repliées sur ses bottines en daim fauves à talons plats, son blouson de cuir beige jamais fermé, dont dépasse, quelques centimètres, un chemisier blanc au col relevé, ouvert jusqu’à la naissance des seins.

""Vous la voyez ? Suivons-la …""

Quand elle marche ? Pas très vite, déjà, elle roule. Un peu des épaules et surtout des hanches, bien cambrée, tête droite, son sac au creux du bras replié main levée doigts ouverts où brillent quelques bagues, deux au majeur une au pouce, un anneau gravé de motifs celtiques, claquant de l’ongle du pouce sous celui de l’index, ses ongles vernis de jaune ou de vert, parfois de noir, avec des petites fleurs blanches dessus.



""Et autour d’elle ? Qui voyons-nous autour d’elle ?Attendez ! Elle arrive …""

Jenny. Jenny c’est sa copine. Celle qu’elle attend devant le Lycée le matin, avec qui elle passe sa journée. Pour elle : une bise. Une seule. Une bise joue frôlée, un petit plissement de lèvres dans le vide.
Jenny ? La même en brune. Plus petite, plus fine, des yeux bleus elle aussi. Elle, ne porte que du noir. Toujours. Tout en noir. Sauf ses ongles. Rouges. Même ses paupières, c’est de noir qu’elle les souligne, d’un trait fin dessous qui s’étire en montant, déborde de l’œil d’un seul côté, l’œil gauche, pour avoir l’air mystérieux. Elle, au majeur, une bague « tête de mort ».

""Vous ne pouvez pas savoir, sous son t-shirt, noir, bien sûr : un tatouage ? Non. Sa mère s’est fâchée ! Donc son dos est intact, mais à son nombril, il faudrait que ce soit l’été quand elle porte des t-shirt trop courts, vous verriez un piercing ! Sa mère a cédé … elle avait déjà refusé le tatoo, le piercing au coin du sourcil … elle a cédé !""
Ça n’a rien à voir, mais je vous dit quand même, sa mère a cédé parce qu’elle aussi en a un … des fois les mères, elles sont un peu ado …

Elles marchent en regardant droit devant elles, souvent se donnent le bras, ne fixent les yeux sur personne, mais elles voient tout, elles voient tous ceux qui les regardent, elles savent, chuchotent en se penchant un peu l’une vers l’autre, lèvres plissées d’un sourire esquissé, longuement travaillé. Elles s’entraînent.

Elles s’animent ? Sourient ? Parlent ? Oui ! Aux garçons ! Mais pas n’importe lesquels.
Elles choisissent pour qui leurs sourires s’élargissent, pour lesquels leurs hanches balancent, cherchent leur groupe, minaudent prennent de pauses et s’animent pour eux.
Eux, ce sont les plus vieux du Lycée. Pas ces gamins qui courent, interpellent ou poussent des cris, pas les joggings-casquettes.
Eux, ils regardent. Se disent qu’elles sont jeunes, se disent aussi qu’elles sont bonnes, rient entre eux avant de leur dire quelques mots.

Elles s’approchent un peu, pas trop. Jaugent, évaluent. Lequel leur plaît ? Ce n’est pas la question. Lesquels ont une voiture, ça elles savent déjà. Mais lequel les invitera, un MacDo un midi, une balade au Centre Commercial, qu’il ait un copain, ce serait bien, pas obligé d’ailleurs, du moment qu’il les emmène toutes les deux.


""C’est comme ça ! Deux pour le prix d’une ! Regardez bien, vous verrez, ces filles-là vont par paire, regardez bien …""

Elles font des plans, discutent, à voix basse toujours, même seules, parce ce sont des secrets. Ne pas s’afficher avec l’un ou l’autre au hasard, pas trop vite, pas trop tôt, l’année est longue, cette première année de Lycée. Pas d’erreurs.
Plus d’erreurs, en fait, elles en ont discuté longtemps. Des erreurs elles en ont fait, qui leurs coûtent. Elles se le disent, se disent qu’il faudrait que ça cesse, mais ne savent pas comment faire. Un garçon, au collège. Une bêtise. Enfin, elles se le disent aussi, pas complètement une bêtise, pas ce qui s’est passé, ça, il fallait bien en passer par là, juste qu’elles ont mal choisi.

""Ces deux filles ? Je ne les ai pas choisies au hasard, vous pensez bien ! J’ai enquêté ! Je voulais tout savoir. Pour tout vous raconter. Le présent. Et avant …""

Elles étaient au collège ensemble. Déjà copines.
Aurélie froide et distante, fille unique, ça explique ? Peut-être … qui avait grandi plus vite que les garçons et les filles de son âge, les dominaient d’une tête, avait déjà des formes de femme à la fin du collège.
Comment elles se sont choisies ? Jenny se cherchait un modèle, et ce rôle-là convenait bien à Aurélie. Plus petite, discrète, Jenny ne lui faisait pas d’ombre, écoutait, buvait ses paroles.
Et puis Jenny, la première, était sortie avec un garçon. Aurélie avait donné son aval : « Ouais … peut-être … », et Jenny lui raconterait. Jenny, celui-là, parce, que c’était son voisin, qu’ils faisaient route ensemble matin et soir, qu’elle était curieuse, qu’elle était rassurée qu’il soit tellement timide, un peu comme un défi.

Les premiers baisers, ils savaient tous les deux qu’il faut mettre la langue pour les baisers, mais juste la toucher ? Ils avaient entendu qu’il fallait la tourner, alors ils tournaient la langue et s’essuyaient le coin des lèvres après où coulaient un peu de salive. Parce qu’ils avaient envie ? Plutôt parce qu’ils voulaient apprendre, surtout elle, savoir comment faire.

""Le sexe, les ados, vous vous rappelez ? Vous avez bien été ado ? Ça vous intéressait, non ? Elles aussi …""

Ses mains, sur elle, elle savait, depuis quelque temps déjà. Aurélie aussi. Elles en avaient parlé. Aurélie qui jouait les grandes bien qu’elle ait le même âge, un jour où Jenny était fatiguée avait dit « Arrête de te toucher, ça ira mieux ! », avait insisté en la voyant rougir. Elles s’étaient dit où et quand et une autre fois comment.
Intimité de filles, elles faisaient cabine commune à la piscine. Elles se regardaient. Ne se touchaient pas. Comparaient.
Jenny avait perdu un peu des complexes qu’elle avait face à Aurélie. Le plaisir elle connaissait comme elle, ses seins étaient pas si mal, et elle avait entre les jambes une toison mieux fournie. Surtout, elle, elle sortait avec un garçon, et même si Aurélie faisait une moue dédaigneuse, elle s’intéressait, posait des questions, l’air de rien elle se renseignait. Jenny racontait.
Pendant des semaines, ils se roulaient des pelles comme ils disaient dans la cours de récré, les yeux fermés et les bouches collées, les corps séparés, et sans trop savoir quoi faire de leurs mains pendant les baisers, leur pudeur d’ados les retenant l’un et l’autre.
Aurélie suggérait. Leur anatomie, elles savaient. Mais celle des garçons était encore un mystère. « Tu le touches ? Ah bon ? Tu devrais ! »

""Cette idée-là, pas besoin d’une longue enquête, toutes les filles ont cette curiosité-là, non ? Moi … Peu importe, je m’égare, c’est pas de moi qu’on parle mais d’elles …""

Son truc, un jour, elle l’a touché.
Mais à travers le jean’s, pas facile de se rendre compte. Elle était fière d’elle, après, quand elle a raconté à Aurélie. Sur le moment, elle avait chaud aux joues, hésitait, il allait penser quoi ? Alors pendant le baiser longtemps sa main restait sur sa cuisse. Elle se sentait … elle sait plus, elle n’a pas raconté comme ça à Aurélie. Elle a dit « J’ai mis la main ». C’est Aurélie qui avait les joues rouges ce jour-là. Jenny faisait la fière, prenait l’air mystérieux, la fille « à la coule », et guettait, attendait les questions. Aurélie savait, alors n’a rien demandé, a dit « Lui aussi t’as touchée ? ». Jenny faisait la tête, un peu vexée. Elle n’avait pas voulu, elle avait retenu la main du garçon de la sienne sur sa cuisse. Elle a pris l’air offusquée, a fait l’œil sévère, « Certainement pas ! », et avant qu’Aurélie fasse un commentaire a ajouté « C’est moi qui dirai ! Pas avant ! C’est pas les mecs qui commandent ! ». Aurélie approuvait. Jenny aurait bien aimé qu’il insiste, pourtant …
« Tu devrais mettre une robe, la prochaine fois … il était dur ? ». Enfin ! Elle demandait. Jenny avait eu son petit moment de gloire, une chose qu’elle avait fait et pas Aurélie, elle en avait fait des tonnes, de ces quelques secondes où sa main tremblait sur le jean’s. Elle prenait des pauses alanguies sur le canapé, faisaient traîner l’histoire en soulevant ses cheveux, mots entrecoupés de petits rires entendus. Aurélie, ça ne lui avait pas plu d’être un peu snobée par sa copine. « Il est trop jeune ! Avec un homme, c’est autre chose ! », « Moi un mec comme ça, je le ferai mettre à poil ». Elle riait. Jenny était vexée : « T’as qu’à le faire, toi ! ».
Piégée. Jenny ne savait pas encore, mais de ces quelques mots, elle venait d’inviter Aurélie à partager son copain avec elle. Elle ne s’en est aperçue que quand Aurélie a commencé à lui dire tout ce qu’elles pourraient faire. « Je parie qu’il osera pas se défiler ! Samedi, mes parents seront pas là ! ». Piégée.
Ce garçon, un peu un jeu, mais c’était son premier flirt ! Le cœur un peu pincé quand même … Elle a choisi sa copine.

""Ça vous surprend ? Eh, les filles ! Vous savez bien comme des copines peuvent vous piquer vos copains …""

Toute la semaine Jenny se disait « Ça marchera pas », plus un espoir qu’un regret. Aurélie affichait une mine radieuse : elle avait repris la main. Tous les jours elle ajoutait des détails au scénario, faisait semblant, pour piquer l’orgueil, quand Jenny doutait elle disait « T’as plus envie ? », et Jenny entendait « Tu te dégonfles ? », protestait « Bien sûr que si, on va rigoler ! », mais un soir elle a un peu pleuré dans son lit, en même temps que montait au fil des jours une tension fébrile, des picotements partout sur le corps qu’elle calmait en se caressant.
Malheureuse un peu, excitée aussi à l’approche du samedi.
Aurélie, la mise en scène, elle savait faire. Jenny et son copain sont arrivés comme prévu, elle en jupe, lui qui ne savait pas où il mettait les pieds. Aurélie a joué la surprise, ils la surprenaient ! pour expliquer qu’elle soit en maillot de bain et t-shirt. Elle sur la chaise de bureau, eux assis sur le lit, rideaux tirés pour une lumière tamisée. Plusieurs fois elle s’absentait, pour que, elle avait donné ses consignes, Jenny et lui s’embrassent, « Chauffe-le ! », faisait les gros yeux quand Jenny à son retour lui faisait signe « Non ». Elle, sur sa chaise, s’étirait, t-shirt relevé sur le ventre, se grattait un mollet, une cuisse, riait des joues rouges du garçon, « Et si vous faisiez comme moi ? ça serait marrant ! Allez ! ». Une bagarre, et des rires. C’était prévu, mais Jenny résistait, « Oh, c’est bon ! C’est comme mon maillot ! ». Pas tout à fait. Elle avait fouillé dans ses tiroirs, hésité, et puis fouillé ensuite dans les tiroirs de sa mère. Il était mignon le petit slip noir avec un empiècement opaque devant, tulle transparent sur les côtés et derrière, et le petit nœud mauve sur le ventre, pas vraiment comme le maillot short d’Aurélie qui faisait tourner la jupe de Jenny dans sa main comme un dau de victoire. Le garçon ? Il riait, rougissait, sa copine en petite culotte ça lui plaisait bien, et ne s’est pas trop défendu quand à elle deux elle lui ont enlevé son jean’s, ses baskets au passage qui empêchaient l’arrachage. Après … un instant de gêne, personne ne regardait personne, silence dans la chambre.

""Ados ou adultes, c’est tout pareil. Il y a toujours un moment où le temps s’arrête. Une chose engagée, voulue, cherchée, attendue, et le temps qui se fige. Après, parfois … rien ! Juste la gêne. La dame reboutonne le chemisier où juste avant se glissait une main pendant un baiser, ou tire sur ses genoux la jupe bousculée, et les yeux se fuient. Et parfois, la fièvre reprend de plus belle. Les ados ? Regardez …""

Jenny baissait les yeux, se trouvait bête en petite culotte avec ses chaussettes et ses baskets encore aux pieds. Le garçon avait un sourire figé, le souffle rapide de la bagarre qu’il était content d’avoir perdu et de se retrouver en slip avec les deux filles. Aurélie fixait la petite tâche humide sur le slip du garçon. Elle a fait un signe discret à Jenny, qui disait « alllez, allez, continue ! » en prétextant les quitter pour aller chercher à boire.
Jenny … l’embrasser, d’accord, elle voulait bien, avant … mais là, en petite culotte ! c’était pas pareil ! Le garçon s’est aperçu de la tâche sur son slip, un « merde » murmuré, il étirait le coton de deux doigts, levait les yeux vers Jenny, voyait son sourire gentil et son petit haussement d’épaule. Il s’est mis à rire en se mordant les lèvres, a dit « J’ai l’air con … ». L’ouverture ! Elle l’a vue ! Un coup d’épaules en riant, sa main sur la sienne sur ses jambes nues, l’autre autour de ses épaules, « Mais non, c’est rien ! ». Lui aussi a vu l’ouverture, il s’est tourné vers elle pour l’embrasser. Pas le même baiser que les autres, moins appliqué, plus naturel, plus gourmand, mêlé de leur respiration oppressée saccadée à tous les deux, lèvres étirés de sourires nerveux, parce qu’il avait retiré sa main de sous la sienne pour la poser sur sa jambe à elle, si chaude, et parce qu’elle a osé. Ce qu’Aurélie avait prévu lui venait comme une excuse à faire ce dont en fait elle avait très envie. Un peu brusque, elle a posé la main sur le slip, sur cette tâche, intuitivement elle savait, c’était pas du pipi, c’était … quoi ? c’était comme elle, sans doute que c’était pareil pour les garçons, comme elle quand elle était toute humide et glissante, et elle a serré dans sa main, le coton et cette chose dure dessous. Ça devait être bien parce qu’il serrait sa main sur sa cuisse et appuyait ses lèvres plus fort sur sa bouche, qu’il tremblait un peu. Elle, se sentait bizarre, comme un coup de chaud qui brûlait ses joues.

""Vous avez remarqué ? C’est toujours quand on est bien occupé, qu’on veut être tranquille, qu’on est dérangé !""

Aurélie est revenue. Le bruit de la porte qui s’ouvrait. Un réflexe, très vite, Jenny a retiré sa main, s’est redressée, comme prise en faute. Le garçon croisait les mains bras tendus aux genoux sur ses jambes serrées, pour se cacher, jetait un coup d’œil vers Jenny et partageait son sourire complice et embarrassé. « Hey ! Je dérange ? Vous gênez pas pour moi ! Je sais ce que c’est, vous savez ! ». Elle s’est approchée, ses genoux à toucher ceux du garçon et lui a dénoué les mains, sourcils levés et bouche en cul de poule en fixant le slip déformé et la tâche agrandie sur le côté. « Eh ben ! On dirait qu’elle te plaît ma copine ! on peut voir ? ». Gonflée, Aurélie ! A deux mains elle a tiré sur le slip.
Il s’est défendu, mais pas bien et trop tard. Le bout tout rouge dépassait déjà sous la taille du slip. Il se serait sans doute débattu pour se rhabiller, pas sûr, mais Aurélie s’est agenouillée devant lui en posant ses mains sur les siennes, et Jenny a posé une main sur sa jambe. Elle en voulait à Aurélie, pensait « C’est mon copain à moi ! », et pensait en même temps « C’est gros, tout mouillé au bout », sourire crispé.
Le scénario, Aurélie l’adaptait au fur et à mesure. Elle n’y avait pas vraiment cru au copain de Jenny tout nu. Et Jenny, se laisser baisser sa culotte, si Aurélie lui avait dit, elle aurait refusé. Comment c’est arrivé ? Ni Jenny ni son copain ne pourrait bien expliquer.
Un geste, un autre, le trouble, Aurélie … c’est cet après-midi-là que tout a commencé. Lui, il s’est caressé, la main d’Aurélie sur son poignet, pas longtemps, vraiment pas longtemps. Tout nu et les deux filles, Jenny sa culotte aux chevilles, son ventre et ses poils noirs qu’elle cachait sous sa main … quand il a joui Aurélie en a eu sur son bras, sa main, elle l’a lâché et lui aussi a retiré sa main, mais son sexe continuait à battre sur son ventre, secoué de contractions et son sperme giclait sur son t-shirt, sur son ventre, sur le lit d’Aurélie qui regardait bouche ouverte jusqu’au bout, avant de partir s’essuyer le bras et se laver les mains dans la salle de bain.
Ils s’étaient rhabillés avant qu’elle revienne, n’osaient pas se regarder.
En rentrant, Jenny avait honte, marchait loin du garçon, l’a laissé devant chez lui sans même un geste de la main. A lui, elle ne lui en voulait pas, à Aurélie si. Et à elle. De s’être laissée faire, pour pas se dégonfler. « C’était pas comme ça … elle avait dit … ».
Elle est allée droit dans sa chambre pour se changer, a remis la culotte dans le tiroir de sa mère.

""Les débuts ? Souvent une suite d’imprévus. On imagine, on pense que … et les aléas, ça dé ! Les choses s’enchaînent, évoluent, vite, inexorablement. Parfois les évènements ont une vie propre, peu importe les ceux qui les vivent et leur volonté.
Aurélie, Jenny, où vont-elles ?""

Jenny et son voisin-copain avaient peu de moments seuls. Quelques-uns, pas souvent. Chez Jenny il y avait sa petite sœur, la mère de son copain ne travaillait pas. Le plus souvent, c’est donc chez Aurélie qu’ils se voyaient, qui participait. Sans elle, ils ne seraient pas restés ensemble, sans Jenny, Aurélie n’aurait jamais invité le garçon chez elle. Lui ? Pour lui tout allait bien ! Tous les samedis les filles le déshabillaient, Jenny le caressait, Aurélie jamais. Elle le touchait parfois, un peu brusque, pinçait, commentait. C’était Aurélie qui enlevait sa culotte à Jenny, pas toujours, se fâchait au début quand Jenny ne voulait pas se laisser faire, se mettait toute nue aussi quelques fois, se caressait en les regardant. C’était elle qui décidait. Et tous les samedis, à la fin, elle caressait Jenny ou lui demandait de se caresser toute seule, pour montrer au garçon comment on fait avec les filles.
Pour lui tout allait bien ! Un jour, Jenny l’a pris dans sa bouche, et après presque chaque fois.

""Et le temps du collège est passé, jeux d’ados, jeux de découvertes, vraiment des jeux ? Dangereux …""

A la fin du collège, ils se voyaient moins souvent. Et puis les vacances. Et le Lycée. Elles le snobaient. Elles faisaient semblant de ne pas le connaître. Elles traînaient un peu autour de la bande des plus grands.
Un jour il en a parlé à Jenny. Seule, elle est différente. Elle avait l’air embêtée. Elle lui a expliqué. Aurélie … elle, lui, c’est fini. Qu’il oublie. Se trouve une autre copine, c’est pas ce qui manque les filles au Lycée. « Et si moi j’ai pas envie que ce soit fini ? ».

""Au début ? Pas ment pour les mêmes motifs, mais dans le même but, on est d’accord. C’est le début, on avance. La fin ? La fin est souvent plus douloureuse. Un seul choisi, un seul dit « c’est fini », et les ennuis commencent …""

Lui, Jenny, finalement il l’aimait bien. Il ne lui en voulait pas. Ce que tout le monde voyait, il l’avait compris aussi : Jenny, c’était le jouet d’Aurélie, « la salope » quand il pensait à elle. Fini ? Leur jeu, il le voyait, de loin, tous les jours, leurs approches avec ce groupe de garçon. Et lui, oublié, gommé, rejeté, congédié ? Très fâché. C’était bien ces deux filles qui se déshabillait, qui le déshabillait, la bouche de Jenny et Aurélie toute nue qui se caressait, qui le caressait, pas vraiment, mais qui le touchait, serrait, des fois lui faisait mal, un sourire, plutôt un rictus aux lèvres, qui lui tapait sur la main quand il voulait la toucher.
Il en savait, des choses … fini ? Pas sûr !

""Adultes, ados, les mêmes ? Une rupture … parfois des morsures, des blessures, et les ados ont un naturel que n’amortissent pas les années, parfois une méchanceté naturelle. Regardez …""

Aurélie attendait Jenny. Elle était seule devant le Lycée. Il s’est approché, il était prêt, avait répété ce qu’il dirait. Il aurait pu renoncer, peut-être, mais le coup d’œil glacé et ce pli dédaigneux à sa bouche … il irait jusqu’au bout ! Elle tournait la tête, soupirs excédés, les yeux au ciel, mais elle écoutait, et pâlissait, rougissait. Il le ferait vraiment ? Non ! Et s’il le faisait ? Cette tâche de naissance qu’elle avait au pli de l’aine, sa couleur et sa forme, et ce bouton sous le sein, qu’elle ferait enlever, mais qui était là, ces détails sur elle qui donneraient vérité à toutes ces choses qu’il menaçait de raconter, à qui ? Il disait « … mes copains, les filles de ta classe, le grand blond à qui elle faisait les yeux doux… ». Elle n’a pas dit un mot. Il riait, les yeux durs, « On en parle samedi, je passerai chez toi ». Jenny arrivait, il est parti.

""Des erreurs elles en ont fait, qui leurs coûtent. Elles se le disent, se disent qu’il faudrait que ça cesse, mais ne savent pas comment faire. Un garçon, au collège. Une bêtise. Vous vous souvenez ? Je vous l’avais dit …""

En parler à Jenny ? Elle aurait pu, et elle aurait dû. Mais c’était déchoir, un échec, lui montrer sa peur, perdre cette autorité sur elle patiemment construite. Ce qu’elle n’a pas voulu lui dire ce premier jour, ce chantage, elle n’en a jamais parlé ensuite. C’était trop tard. Jenny aurait peut-être raisonné le garçon, son copain, son voisin, mais faire appel à elle, c’était admettre une faiblesse. Pour rien au monde elle ne l’aurait reconnu, mais ces samedis lui manquaient. Elle aimait l’emprise qu’elle avait sur eux, aimait diriger leur jeux, mais souvent aussi elle aurait voulu abandonner ce rôle qu’elle s’était choisi, et participer, prendre la place de Jenny, qu’elle poussait à faire tout ce qu’elle aurait voulu pour elle, Jenny qui s’était rebellée à la fin quand elle avait voulu trop. Aurélie avait deviné que Jenny n’irait pas plus loin. Elle n’avait pas insisté, avait même fait en sorte que cette décision paraisse venir d’elle.
Il avait dit « Samedi ». Plusieurs fois ils se sont croisés dans la semaine. La veille elle l’a vu le soir qui discutait avec ce garçon blond du groupe des grands, dont il avait dit « Je le connais bien », lui avait fait signe d’approcher. Depuis le temps qu’elle voulait une entrée vers le groupe des grands, elle ne s’est pas faite prier, n’a pu pourtant s’empêcher de rougir quand il lui a dit « Je viendrai peut-être avec lui, demain, d’accord ? ». Elle est restée muette.

""L’image. La préoccupation exclusive de l’image qu’ils donnent. Se montrer pour ce qu’ils veulent être, pas pour ce qu’ils sont. Quelle image d’elle veut donner Aurélie ?""

Egoïste et préoccupée d’elle seule, manipulatrice, à la fréquenter ses proches le savent, et l’excusent, elle est jeune, elle changera, et elle n’est pas toujours comme ça. Jenny aussi le sait, mais c’est sa copine, avec elle tout va bien. Elle se veut distante, elle voudrait autour d’elle du mystère, veut être vue, être vue belle comme elle s’imagine qu’une femme est belle, pour son visage et ses formes, comme ces femmes qu’elle admire sur les magazines, et plus qu’être vue elle veut plaire et attirer les regards, éveiller le désir des garçons, se régaler de ce qu’elle pense être la jalousie des filles.
Les garçons ? Les garçons regardent ce qu’on leur montre, ils voient son maquillage et ses seins, ils voient ses fesses moulées et cherchent la trace d’une culotte dessous. Elle ne leur parle pas, ne parle pas non plus aux filles de sa classe, qui elles aussi la regardent rouler des hanches l’œil critique et attendent la faute.

""Que voient les autres, que pensent les autres ? Peu importe quand on est soi. Mais quand on se fabrique une image, les autres comme un miroir, c’est parfois douloureux ! Quand on s’affiche objet …""

Elle guettait derrière le rideau de la fenêtre de sa chambre. Inquiète. Il viendrait seul ? Que voulait-il au juste ? Monnayer son silence, sans doute, mais comment. Elle l’avait caressé, très peu, s’était mise nue devant lui, s’était caressée devant lui, avait caressé Jenny … s’il racontait, qui y croirait, que penserait-on d’elle ? Et si l’autre, cet autre garçon l’accompagnait, qu’est-ce que ça signifiait ? Il lui avait dit … Elle avait mal dormi. S’était rongé les ongles. Cent fois les mêmes questions sans réponses et cette boule dans la gorge, cette boule au ventre, parce qu’elle n’avait pas les réponses, qu’elle n’avait pas la maîtrise.
Elle s’est habillée comme elle se sentait belle, comme elle se rassurait. Un collant de laine noir, un top en coton à col rond.

""Vous voulez la voir ? Regardez …""

Elle est jolie ? Oui, c’est vrai. Jolie fille comme sont jolies les filles à 16 ans. Blonde, les cheveux retenus d’une pince. Elle a mis un soutien-gorge parce qu’elle a une poitrine généreuse, des dentelles oranges avec des petites fleurs dessus, assorti au string sous le collant qui moule ses fesses. Son petit top court découvre son nombril quand elle bouge, et plus bas, ce collant qu’elle a roulé sur ses hanches en le remontant bien haut, parce que la petite poche aux fesses ou sur le ventre, c’est pas joli, la dénude autant qu’il l’habille. Une fille comme on en voit dans les magazines ou dans des clips, objet érotique exposé. Et elle attend un garçon, peut-être deux … Se rend-elle compte qu’elle est « déshabillée en invitation » ? Elle est comme elle aime être, et toutes les images d’avant, avec lui et Jenny, sont là, qui lui trottent par la tête, cette boule au ventre n’est pas que de l’inquiétude.

""… c’est une grande fille … elle sait ce qu’elle fait … elle a du caractère … elle sait ce qu’elle veut … Vous croyez ?""

La Clio s’est garée devant le portail. Finalement ils étaient venus tous les deux : le blond Nicolas, et Kévin. Elle leur a ouvert. Le blond, une bise sur la joue, Kévin un vague « Salut », prenait déjà la direction du couloir vers sa chambre le temps qu’elle referme la porte. Ils ont suivis. Elle croisait les bras, attendait, ils se sont assis sur le lit. La présence du blond, elle y avait pensé sans y croire, l’empêchait de demander la raison de sa venue à Kévin. Elle s’est assise sur la chaise de bureau face à eux. Pas un mot. Nicolas appuyé des coudes sur le lit parcourait la chambre du regard, l’autre la fixait, un sourire aux lèvres. Pas un mot. Nicolas s’est levé, s’est approché d’une étagère pour lire le titre des livres, puis de la fenêtre derrière laquelle elle avait guetté leur arrivée, de sa commode. Il ouvrait un tiroir. Avant qu’elle proteste, Kévin était debout devant elle :
— Deux mecs et une fille … l’inverse d’avant ! Tu te rappelles ? Vous m’aviez foutu à poil !
Il défaisait sa ceinture, déboutonnait son pantalon et baissait la fermeture éclair de la braguette, laissait tomber le pantalon à ses chevilles, baissait son slip. Il s’est mis à se masturber :
— Tu te rappelles pas ?
Elle regardait Kévin. Son visage. Avalait sa salive. Sentait ses joues la brûler. Du coin de l’œil, elle voyait Nicolas, appuyé d’une épaule au mur à côté de la fenêtre.
— Ça te plaisait bien, non ? Même que toi aussi tu te foutais à poil … tu devrais !
Elle a tourné la tête vers Nicolas, toujours appuyé d’une épaule au mur, qui souriait en se redressant et s’approchait d’elle. Il a fait pivoter la chaise sur laquelle elle était assise, dos à lui, une main posée sur son épaule, jouant avec ses cheveux de l’autre.
Kévin s’était accroupi devant elle et à deux mains sur sa taille, tirait sur son collant pour le faire glisser.
Elle a résisté, refusant de se soulever. Derrière elle, Nicolas a tapoté son épaule. Elle s’est soulevée et Kévin a fait glisser le collant et le string à ses pieds. Il a ouvert ses genoux à deux mains sans qu’elle se rebelle encore et a recommencé à se masturber, sa verge penchée vers ses seins :
— Toi aussi, vas-y, t’aimais bien avant … Caresse-toi la chatte !
Elle n’avait pas prononcé un mot depuis qu’ils étaient arrivés, et n’a toujours rien dit. Elle s’est caressée. Sans aucune intention de se donner du plaisir, malgré tout très surprise en posant sa main au creux de son ventre de se trouver si mouillée. Elle regardait Kévin dans les yeux, n’a eu aucune réaction en sentant le jet chaud de son sperme dans son cou et sur ses cuisses.
Kévin s’est essuyé le sexe sur le top sur ses seins et a remonté son pantalon.
Sans un mot, il a quitté la chambre, la laissant seule avec Nicolas.

Elle avait eu peur. Elle avait peur encore. Pourtant elle n’avait rien fait pour échapper à la situation. Supplier ? Discuter ? Trop d’orgueil ! Elle fermait les yeux, respirait vite, cuisses serrées sur ses mains jointes. Trop d’orgueil et une excitation malsaine, encore maintenant que Kévin était parti. Elle se contractait pour arrêter le tremblement qui secouait ses épaules.
Nicolas a de nouveau fait pivoter sa chaise. Elle a ouvert les yeux.
— T’es vierge ?
Muette longtemps. Elle a dit « oui » d’un bref mouvement de tête.
— Tu veux le rester ?
Les images. En quelques secondes, des images dans sa tête, des sensations, désordonnées, sans suite.
Il se déshabillait. Nu en face d’elle.
— Alors ? Tu veux rester vierge, ou pas ?
Elle ne comprenait pas. Il était nu. Il bandait. Kévin, elle ne l’avait pas regardé, pas vraiment, préférant le défier en le regardant droit dans les yeux tout le temps. Lui, elle le regardait. Son ventre plat et sa verge dressée, le scrotum fripé dessous, la toison blonde et frisée sur le ventre, le gland gonflé, gros, très rouge et lisse, brillant.
Elle l’a pris dans sa main, l’a caressé doucement, doigts légers, à peine fermés, effaçant de l’index la petite perle brillante qui venait au méat. Il s’est approché d’elle, a posé la main sur ses cheveux. Elle s’est penchée, à ouvert les lèvres et l’a pris dans sa bouche.
— Dis-moi.
Elle s’est redressée, cherchant ses yeux :
— Quoi ?
— Tu veux rester vierge ?
— Oui.
D’une main il l’a relevée de la chaise et l’a faite s’allonger à plat dos sur la moquette. Relevant très haut ses jambes de ses bras, il s’est penché sur elle et a pris son sexe dans sa main, l’a guidé entre ses fesses et d’un coup de rein s’est planté en elle avant qu’elle ne puisse comprendre et tenter de lui échapper.
Elle a crié de douleur, crié encore aux coups de reins suivants. Elle le frappait de ses poings sur la poitrine et lui continuait, se plantant toujours plus loin entre ses fesses déchirées. Il s’est figé quand il a joui. Elle pleurait.

Elle n’avait pas bougé quand il est revenu de la salle de bains avec une serviette de toilette. Il a soulevé ses jambes pour essuyer le sang sur son anus. Puis s’est allongé sur elle. Il a embrassé ses yeux et son front, sa bouche après qu’elle gardait fermée.
Elle se sentait humiliée et sale, ne voulait pas de son baiser. Il s’est reculé en rampant, a embrassé son ventre et son sexe.
Elle ne voulait pas, a crié quand même, de plaisir à sa langue qui l’ouvrait, à ses lèvres sur son clito, au doigt qui poussait à l’entrée du vagin, plusieurs fois de suite, sans presque de pause, se cramponnant des deux mains aux cheveux de Nicolas, ouvrant après sa bouche au baiser quand il l’embrassait à nouveau.
— Tu veux rester vierge ?
Il tenait ses joues à deux mains, en appui sur ses coudes. Elle sentait son sexe dur contre son ventre.
— Salaud !
Elle l’a repoussé et s’est allongée sur lui, elle tenait ses mains dans les siennes, bras levés au-dessus de sa tête. Elle s’est cambrée, a bougé un peu le bassin et les hanches, et dents serrées sur un autre cri s’est empalée sur le sexe, saignant une deuxième fois, cette fois de son hymen déchiré.

— On fait une soirée la semaine prochaine, tu nous présenteras ta copine.
— Pauvre con !
— Je m’occuperai d’elle et je présenterai mes copains.
— C’est où ?

""Vous croyez que j’ ? Pas du tout !
Si vous en avez l’occasion, ralentissez donc en passant devant un Lycée à l’heure de la rentrée, des Aurélie, vous en verrez sans doute.""

""A la fille à côté, cette Jenny, on aimerait bien la prendre à part, lui dire qu’elle pourrait mieux choisir ses copines, que tout peut arriver autrement et bien mieux … lui dire … mais est-ce qu’elle écouterait ? ""

Misa – 03/2014

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