Sylvie Et Rose 3



La question me coupe le souffle. Nous avons passé une excellente soirée, j’ai connu un plaisir immense à faire danser Sylvie. Elle représente mon idéal féminin, mais de là à juger possible un mariage avec elle et à recevoir une demande que je n’aurais jamais osé formuler, il y a une marge vertigineuse.

- Que dis-tu ? Sérieusement, tu envisagerais de te marier avec moi ? Rien ne saurait me réjouir davantage. Mais… tu n’as pas le droit de plaisanter avec un sujet aussi grave. Bon, tes yeux appuient tes paroles, je risque ma réponse. Il ne fallait pas me tenter : Si tu veux de moi, j’accepte avec joie ta proposition de mariage.

Aussitôt Sylvie laisse éclater sa joie, m’étreint et m’offre sa bouche pour notre second baiser. Sans témoin indiscret, cette fois. On peut imaginer la fougue qui nous pousse l’un vers l’autre, les élans amoureux de deux cœurs assoiffés de compréhension et d’affection, de deux âmes avides d’espérance. On peut deviner les exigences sexuelles de deux jeunes corps laissés en friche pendant de longs mois, au moment où deux êtres se rencontrent, reconnaissent qu’ils sont faits l’un pour l’autre et décident de s’unir.

Nous oublions le repas froid. Nous nous embrassons, nos bouches ne veulent plus se quitter.

- Mon amour, cette nuit, reste avec moi. Je suis trop heureuse pour rester seule.Je veux partager avec toi mon allégresse .

J’accepte. Nous quittons manteaux, pulls; nous nous regardons quelques secondes et nous reprenons le déshabillage, chacun offre à l’autre le spectacle d’un striptease rapide puis hésitant quand il faut pour la première fois se montrer nu devant l’être cher. C’est étrange de retrouver cette pudeur qui retarde la découverte du corps désiré. Avec émotion je me remplis de l’image nouvelle de ce corps de femme en pleine santé: tout est neuf, les seins légers, le bombé à peine dessiné du ventre, la saillie des hanches, les fuseaux des cuisses.

De son côté Sylvie, un instant en arrêt, se penche pour me retirer le dernier morceau de tissu et pour dévoiler ma virilité en évolution. A mon tour je baisse son dernier rempart et découvre sous le triangle de soie la blondeur de la toison et le fin ronflement des lèvres.

Par pudeur nous nous rapprochons, nos peaux frémissent au contact. Déjà nous nous retrouvons à deux sous la douche, à nous savonner mutuellement, à explorer chaque partie de nos corps.

Toute gêne écartée, par attouchements de plus en plus précis nous faisons connaissance. Les serviettes moelleuses procèdent à un rapide séchage, entrecoupé de baisers et d’étreintes. Le service réciproque est agrémenté de chatouillis orientés et tout naturellement je me retrouve au lit à côté de la superbe femme qui m’accueille. Nous bouillons de désir en cette minute exceptionnelle. Nous sommes fous de bonheur, aussi émus que des adolescents , réduits à un vocabulaire premier, tout simple :

-Je t’aime et je t’aimerai toujours. Fais de moi ta femme pour la vie.

-Je t’aime et je t’aimerai toujours. Accepte-moi comme époux pour la vie.

-Prends-moi, je me donne à toi.

Elle s’est couchée sur le dos, a ouvert ses bras et relevé ses genoux. C’est une vraie blonde. Je m’allonge sur elle, me mets en place, elle glisse entre nos corps une main qui me guide. Mon membre gorgé de sang pénètre le vagin humide, nos yeux se fouillent curieux de déchiffrer la montée du plaisir. Cette pénétration des chairs est en harmonie avec le mélange des sentiments enfin avoués. Que de chemin parcouru en si peu de temps. Nous nous aimons .


Longtemps je m’étais demandé si l’addition de deux malheurs pouvait produire un bonheur, si l’alliance de vaincus pouvait conduire à une victoire ou si la réunion de deux cocus pouvait construire un couple heureux. L’échec appelle l’échec; chacune de mes conquêtes féminines serait condamnée à devenir une Rose pleine d’épines entre mes doigts.
Je me voyais mal, pour atteindre un tel résultat, déployer une somme d’efforts, de délicatesse, de précautions amoureuses pour toucher un cœur.

Redécouvrir un cœur, un corps, mettre son âme à nu, parcourir le long chemin de l’amour, rempli d’obstacles, déjà défriché avec ardeur une première fois, parcouru avec toute la fougue de la jeunesse curieuse et inexpérimentée, devenait impensable pour moi si le résultat était incertain, trop certainement voué à la déconfiture d’un nouveau divorce…Et tout à coup, sans effort, je reçois l’inespéré, la plus magnifique déclaration d’amour et la réalisation d’une union extraordinaire, merveilleuse. Je ne croyais plus l’amour possible.

Aussi m’étais-je condamné à une vie monacale. Me présenter devant Sylvie, lui rappeler des propos arrachés par la colère ce jour maudit où nous avions confondu nos époux adultères : à quoi bon? A quoi bon nous rencontrer pour jouer aux anciens combattants de l’amour. Je n’avais pas su garder ma délicate Rose, comment envisager conserver une Sylvie, cette fleur éclatante. Rose m’avait plaqué à cause de défauts que Sylvie remarquerait à son tour. La sublime Sylvie, délaissée par son mari, devait avoir ses propres défauts; ce visage magnifique dissimulait-il une redoutable mégère ? Derrière le masque avenant pouvait se cacher une prude frigide ou une nymphomane incontrôlable. Allez savoir.

Fort probablement tenait-elle les mêmes raisonnements sur mon compte, si toutefois je ne lui étais pas devenu complètement indifférent. J’avais été un pion pour son dossier de divorce, point barre.

Et ce matin, je me réveille à côté de la belle endormie. Tout a été si simple, si naturel, si normal, si rapide. Questionnements, hésitations, craintes et tremblements se sont dissipés. La vie a pris le dessus. Sous le drap léger je suis allongé contre une créature de rêve qui dort apaisée et confiante, le visage fascinant effleuré par les timides raies d’un soleil hivernal.
Le miracle existe puisque j’en vis un. Elle ouvre les yeux et paraît ravie de me voir. Nous restons immobiles, incrédules, souriant béatement avant de vérifier du bout des doigts que nous sommes bien réels. Plus le toucher nous rassure, plus nos yeux brillent. Plus sa présence s’impose, plus elle découvre la réalité de la mienne et plus son regard me dit son bonheur.

« O temps suspends ton vol et vous, heures propices, suspendez votre cours Laissez nous savourer les rapides délices des plus beaux de nos jours. »( Lamartine). Voilà un doux rappel des cours de littérature, qui traduit parfaitement l’instant de ce réveil, ce matin.

-Où vas-tu? Tu m’abandonnes déjà? dit la tendre voix.

- Je vais acheter des croissants.

- Tu es délicieux, mais j’ai tout ce qu’il faut à la maison. Une brioche tournée de mes mains, ça te tente ?

- Si c’est pour apprécier tes talents, ce sera formidable !

- Fais-moi d’abord un gros câlin.

C’est un plaisir de promener ma bouche sur les yeux, dans le cou, derrière les oreilles pour l’amener à frissonner et à m’enlacer. Mes mains caressent les flancs, le ventre, englobent les seins, chatouillent les pointes, flattent les cuisses, raffermissent les grandes lèvres. Un doigt y joue au curieux et Sylvie se jette sur moi, m’enfourche, s’empale et relance une union douce qu’elle va mener jusqu’au jaillissement qui frappera à la porte de l’utérus. Nous ne courons pas après un exploit sportif, nous nous aimons, nous nous savourons.

Nous restons longuement enlacés, nous flânons sur la couche, inséparables. C’est si bon. Nous traînons sous la douche curieux, satisfaits, amoureux.

La brioche tardive repousse le repas de midi à quatorze heures: le fameux repas froid oublié cette nuit, est enfin absorbé. Vers 16 heures il faut se séparer. Sylvie, enseignante au lycée doit préparer un cours d’allemand pour le lundi. Nous avons discuté activités, loisirs, fait des projets pour passer du temps ensemble.
Sylvie a un abonnement à la Comédie et m’introduira dans ce milieu. Avec moi elle reprendra le tennis.et bien entendu nous irons danser. La proximité de nos demeures facilitera nos retrouvailles. Elle me remet une clé de la porte de sa cave. Je pourrai la rejoindre à volonté. Nous pourrions nous établir chez l’un ou chez l’autre. Le choix dépendra des décisions du tribunal.

Le dernier baiser du dimanche est empreint de mélancolie. De tout temps j’ai connu un serrement du cœur le dimanche soir.

Dans mon fauteuil, au son du concerto n° 5 de Beethoven, je plane. Au vent léger flottent les ondulations d’une chevelure blonde, se dessine le visage de l’amour, de l’aimée Sylvie. Enfin éclate dans l’allegro final la vision reconstituée de nos ébats de la nuit , la vivacité, les élans, la succession de temps forts et de pauses si vite oubliées pour des reprises calmes ou saccadées, avec des accents de victoire annoncée, attendue, déferlante, des temps de certitude, des lenteurs qui s’étirent. La reprise de l’allegro, triomphale affirmation de l’accomplissement souhaité correspond à l’enthousiasme de l’orgasme avec son mélange de gammes aiguës ou graves. Ah, quelle nuit, quelle femme, quel bonheur !

La musique du concerto n° 3 est en parfaite harmonie avec mes sentiments présents. Je suis les mille détours de la mélodie et je pense à Sylvie, nous dansons, rien de précis en dehors de l’impression de bien-être qui me reste des instants de bonheur vécus avec elle. . Je suis amoureux. Sylvie m’aime !

Merci à celui qui sonne à ma porte d’avoir attendu la fin du cd. L’acheteur de mon pavillon, désolé, vient confirmer que, faute de prêt relais, il doit renoncer à l‘acquisition.. Jour heureux, jour béni des dieux, il n’achète plus. Je reste dans ma maison, là, à proximité de mon amour. Musique ! Ma voix accompagne l’orchestre; de joie, je chante à tue-tête.

Qui sonne à cette heure avec tant d’insistance? Je rêvais d’elle, Sylvie est à ma porte !

- Mais que t’arrive-t-il ? Il te faudrait des triples vitrages. A l’extérieur on entend la musique mais surtout ta voix. Quel concert ! Se réjouit Sylvie.

-Entre vite, tu es glacée.

-Voilà cinq minutes que j’écoutais. Quel entrain. D’où te vient cette joie?

-Devine

Je l’enlace, point n’est besoin de discours pour lui faire découvrir l’origine de mon bonheur. Je baisse le son. Debout l’un contre l’autre, immobiles nous goûtons les dernières minutes de l’allegro. C’est si beau quand on partage. J’écarte d’un doigt la mèche folle qui cache son œil droit.

- Quelle bonne surprise. Tu as fini tes préparations ?

- J’ai bien revu mes fiches, placé mes marques. Comme toi, je me suis sentie euphorique et j’ai avancé plus vite que prévu. J’ai eu le temps de préparer un souper pour nous deux. Et toi qu’as-tu fait ?

- Rien. J’ai écouté de la musique en pensant à toi, si fort que te voilà: c’est magique !

- As-tu réfléchi à ma proposition de loger chez moi quand tu auras vendu ?

- Je refuse.

- Ah! Bon, tu refuses. Je suis trop envahissante : tu tiens à ton indépendance. Tu sais, j’ai une chambre d’amis fort confortable au rez-de-chaussée et si ça peut te dépanner quelques semaines, je me ferai discrète.

Elle semble déçue. Je m’empresse de chasser ses doutes :

- Tu ne me veux plus dans ton lit?… ta chambre d’amis ? Je fais donc bien de ne plus vendre.

- Que me chantes-tu? Tu as signé le compromis de vente.

-Je veux rester près de toi, je ne veux plus vendre.

-Hélas, c’est fait. J’aurais tellement aimé que tu restes ici, si près de moi. mon chéri, viens dans mes bras. viens

Elle soupire. Son regard s‘embue, sa phrase ne trouve pas sa fin. Je glisse ma bouche vers son oreille, le nez chatouillé par une mèche souple, je dépose un baiser derrière le lobe délicatement parfumé. Sylvie frissonne, rit, se reprend:

-C’est si bon. Ah! Si cela pouvait durer. Te voir tous les jours, t’embrasser, te toucher, t’écouter, t’aimer à chaque instant.

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