Clotaire Et Pierre - Huitième Épisode

Pierre avait assez mauvaise mine. Quand le réveil sonna pour lui rappeler que fut venue l’heure de se lever, il était résolument tenté de jeter celui-ci contre le mur. En fait, s’il était crevé, c’est parce qu’il était sorti avec quelques amis ; certes, c’était un vendredi soir, il n’y avait pas cours le lendemain… Mais cette petite sortie entre amis ne lui a pas fait que du bien. Aussitôt réveillé par l’alarme sonore, il se surpassa pour la couper avant de jeter sa tête contre son oreiller, l’esprit encore très brouillé, n’ayant finalement qu’une seule envie : retrouver le sommeil…

Et comme le destin semblait vouloir s’acharner à tout prix, un autre son devait l’extraire de sa somnolence : son portable, posé sur sa table de nuit, vibrait deux fois de suite. De piètre humeur, et chacun peut le comprendre, il prit sèchement (et c’est un euphémisme) son téléphone… pour lire un SMS provenant de sa banque qui devait lui indiquer le montant de son compte en banque. On en rirait presque.

Une fois le téléphone posé avec un certain fracas qui devait mettre en évidence son humeur de chien, Pierre s’allongea de nouveau, se couvrant la tête par son oreiller, encore mal en point car sujet à un soudain mal de crâne.

Il faut croire que cela ne suffisait pas : moins de deux minutes plus tard, la sonnerie retentit dans son petit studio. Cette fois, c’en était trop. Pierre n’était pas vraiment croyant, mais il en venait à se demander si le Bon Dieu n’avait pas une dent contre lui ce matin !

Avec une vitesse uniquement due à sa rage, il enfila rapidement un caleçon avant, le pas marqué, de se diriger vers la porte pour lancer, la voix sourde :

- Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ? Qu’est-ce que c’est ?, gronda t-il.
- C’est pour la livraison d’un colis, monsieur. Ça semble important…, répondit le malheureux derrière la porte.
- Mais enfin… Vus avez vu l’heure qu’il est, bon sang ?! Il est… (Regardant la pendule située au-dessus de la porte d’entrée indiquant qu’il était 11 heures) Oui, bon, je n’ai rien dit.

Je vous ouvre.

Il n’avait même pas le temps d’ouvrir complètement la porte que soudain ses lèvres furent saisies par d’autres et fatigué tel qu’il était, il mit quelques secondes à se rendre compte que ce baiser fougueux ne pouvait être que l’œuvre d’un seul homme : le sien, Clotaire de Linrac. Celui-ci lia sa langue à celui qui, encore bien fatigué, venait de lui ouvrir la porte. Comme s’il semblait saisi par un immense désir, Clotaire laissait ses mains parcourir le corps de son amant encore tout chaud puisqu’il sortait du lit. Bientôt, ayant retrouvé tous ses esprits… et sa vigueur à en croire la bosse qui se formait au niveau de son caleçon, Pierre se laissait complètement aller, caressant les cheveux de son mec tout en savourant, en se mordant les lèvres, les petites provocations de celui-ci comme les suçons dans le cou ou les légers mouvements de langue près de son oreille. Après cette appétissante entrée en matière, Pierre s’éloigna légèrement pour admirer son petit ami, qui était plus classe que jamais ; il avait remarqué que quelque chose avait changé chez lui…

- Eh bien dis donc, quel accueil ! Tout à l’heure, j’ai bien cru que tu allais sortir avec un croc de boucher pour me le dédier, plaisanta Clotaire à propos de la mauvaise humeur initiale de son hôte.
- Excuse-moi, je suis vraiment désolé mais je suis sorti hier soir, je suis rentré plein comme un tonneau et, depuis le réveil, j’accumule maux de tête et de ventre… La totale, quoi !
- Oui, j’avais cru comprendre que tu n’étais pas frais comme un gardon !
- Dis-moi… Tu… Tu t’es coupé les cheveux ?
- Ah, t’as remarqué ? Oui, légèrement, mais j’avoue que je n’aime pas trop, je regrette presque d’y être allé maintenant…
- Eh bien pas moi ! Car je trouve que t’es deux fois plus canon comme ça ! Franchement, t’es superbe avec cette coupe…
- Dois-je comprendre que je ne l’étais pas avant ? sourit Clotaire.
- Idiot… Tu sais bien ce que je veux dire par là !

Puis Pierre, rapprochant ses lèvres de l’oreille de son amant :

- J’avais très, très envie de toi auparavant, mais maintenant que tu as cette coupe qui te va à ravir, je t’avoue que je frémis d’excitation…
- Prouve-moi qu’elle te plaît et que je n’ai pas à la regretter…
- Tu sais, je n’aime pas beaucoup baiser au saut du lit, je trouve ça brut et assez sauvage, mais dis-toi que si je ne te trouvais pas plus canon que d’ordinaire, je t’aurais demandé d’attendre la fin de ma douche pour ouvrir les hostilités…
- Eh ben…
- Seulement là, c’est moi qui vais les ouvrir, mon grand…

Sans crier gare, Pierre, qui n’avait rien de conserver de son humeur matinale, s’était accroupi pour enlever la ceinture qui serrait le pantalon de son homme avant d’enlever celui-ci d’un trait pour prendre en bouche cette queue qui s’offrait à lui.
Il n’avait pas vu Clotaire depuis cinq jours ; une éternité pour lui… Du coup, bien entendu, il fallait rattr le temps perdu. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que Pierre savait y faire puisqu’il ne fallait pas longtemps pour que Clotaire se mette à gémir, tant les coups de langue de Pierre étaient délicieux. Pour l’encourager, celui-ci fit de légers mouvements de hanche tout en ayant posé sa main sur sa tête pour guider la cadence. Leur couple semblait avoir retrouvé cette notion de dominant/dominé pour les rapports sexuels. En tout cas, cela semblait se présenter ainsi !

- Je t’ai déjà dit que tu suçais divinement bien ?
- Oui, je crois, répondit Pierre entre deux fellations, mais je ne pense pas que ce soit nécessaire que tu me le dises : tes petits gémissements font mon bonheur…
- Ne te prive pas, en tout cas ; tu fais ça bien mieux qu’une fille, je te l’assure !
- Ah… Tu veux faire des comparaisons ?
- Non… Allez, continue ! Tu perds ton temps et en plus, tu me fais perdre le mien alors que tu pourrais le consacrer à me sucer comme tu le fais.

Pierre n’en disait rien, mais la domination telle quelle de Clotaire dans leurs ébats lui avait beaucoup manqué. Il y avait en Clotaire de la domination et, en même temps, cela n’avait rien à voir avec tout le cinéma que l’on pouvait voir en regardant un film porno. C’était, ici, quelque chose de presque chic : un amant dominateur qui cependant ne prenait pas son compagnon pour un docile esclave sexuel… Il y avait de l’autorité, mais c’était quelque chose d’appréciable et de terriblement excitant. C’est d’ailleurs ainsi que tous les deux s’étaient envoyés en l’air pour la première fois, rappelons-nous… En fin de compte, la cadence qui était la leur à cet instant ne s’apparentait pas à de la routine, mais plutôt à quelque chose de régulier qui ne leur était en rien lassant.

- Arrête, sinon je vais jouir maintenant et je préfère attendre un peu… Je veux que le feu d’artifice commence au bon moment, provoqua Clotaire en passant sa main sous le menton de Pierre encore accroupi dont on pouvait lire dans les yeux qu’il refusait que cela s’arrête là ; l’un comme l’autre voulait aller bien plus loin…
- Tu veux me prendre où ? Sous la douche, sur mon lit, sur le bureau ?
- Cette question est-elle fondamentalement essentielle ?
- Je sais pas trop, répliqua Pierre en se levant pour couvrir le visage de Clotaire par des petits baisers amoureux… Je dis ça pour que ce ne soit pas une tannée pour toi de me baiser…
- Euh… Je ne pense pas que baiser avec un aussi bon coup que toi soit une tannée…, répondit, non sans une certaine ironie Clotaire qui faisait de même en caressant de ses lèvres les joues de son amant.

- Certes, mais j’avais besoin de te l’entendre dire, mon beau petit mâle en rut…
- Tu sais que j’ai une petite surprise pour toi ?
- Une surprise ? Vraiment ? Tu sais que j’adore ça, moi les surprises ?
- Je me doute… Mais elle ne viendra qu’après…
- Qu’après quoi ?
- Qu’après que je t’aurais baisé comme jamais, répondit assez martialement l’invité de Pierre qui fit retourner celui-ci de sorte à ce que son fessier lui soit présenté.

Avec tout le savoir-faire qui était le sien, Clotaire, qui venait d’ôter sa veste et son tee-shirt, s’accroupissait à son tour pour caresser, de ses doigts fins, le trou de son compagnon dont il savait qu’il appréciait particulièrement ses préliminaires, au point de s’en mordre les lèvres pour que ses gémissements ne soient pas trop aigus… Après ces jeux de doigt, Clotaire finissait par laisser sa langue parcourir les fesses de son homme jusqu’à atteindre son trou pour l’humidifier, de sorte à faciliter le coït qui s’annonçait. Pour ne pas défaillir, Pierre s’appuyait sur la petite commode qui jouxtait son bureau. Il n’en pouvait déjà plus d’attendre que son merveilleux amant ne le prenne ; il avait très envie de le sentir en lui, ce qui peut paraître un peu déconcertant quand on sait qu’il y a encore cinq bonnes minutes, il était si crevé qu’il aurait certainement tué celui qui avait osé le réveiller. Cela étant, être réveillé pour vivre une telle situation n’a rien de si désagréable, au contraire : comment ne pas rêver d’une pareille matinée ?

Pour l’encourager, Pierre dirigea sa main vers l’arrière pour effleurer, avec elle, la tête de Clotaire afin de lui faire comprendre qu’il commençait réellement à prendre son pied de cette manière. Celui-ci ne put que s’en réjouir ; après avoir vérifié, par l’un de ses doigts, que la zone était suffisamment humide, il se contentait d’indiquer à Pierre, par sa main, le préservatif posé sur le bureau pour que celui-ci lui tende ; n’y tenant plus, pressé d’être pris avec fougue par son invité, il ne mit pas longtemps à se saisir de la protection pour la filer à Clotaire qui, d’un seul geste, parvint à l’enfiler pour commencer à pénétrer son mec.


- Cela fait cinq jours que je veux visiter ton cul, cela m’a trop manqué, souffla Clotaire dans l’oreille de Pierre.
- Tu peux pas savoir à quel point mon cul te réclamait, plaisantait Pierre de son côté, trop côté de recevoir en lui cette longue queue qui, jusqu’à présent, n’a jamais manqué de le satisfaire pleinement.
- J’espère que ton attente aura valu le coup…
- Cesse de discuter ; contente-toi de me prendre comme tu sais si bien le faire !

Sur ces mots qui avaient valeur d’injonction, Clotaire commençait une série de va-et-vient suffisamment réguliers pour arracher à Pierre des premiers gémissements. Mais ce n’était qu’un début ; somme toute, il n’y avait là rien d’exceptionnel. Cependant, la cadence allait bientôt s’amplifier de sorte que les mouvements de bassin de Clotaire contre le derrière de Pierre allaient être accompagnés de bruits semblables à des claquements ; bientôt, pour le plaisir absolu de Pierre qui ne cessait d’en redemander, Clotaire se laisser fesser son amant pour lui faire comprendre qu’il était enivré par le bonheur de diriger leurs ébats.

- Tu aimes quand je te baise comme ça ?
- Oui, putain… Tu le sais bien que j’adore quand tu me remplis mon trou…
- Oui, je le sais… Je sais que tu ne vis que pour ça.
- Je ne te le fais pas dire. Baise-moi encore, ne t’arrête pas… Encore ! Plus fort !

Leur dialogue était constamment coupé par des gémissements, des soupirs, des respirations perturbées, des démonstrations d’effort physique… Quand ils faisaient l’amour, plus rien n’avait d’importance : Clotaire adorait introduire son sexe dans le cul de son partenaire, qui trouvait son plaisir en recevant cette longue queue entre ses fesses dans un rythme effréné. Par le passé, Pierre avait déjà connu quelques aventures ; mais pour autant, aucun de ses précédents amants n’avait l’envergure, l’allure et, finalement, l’ardeur de Clotaire, dont il savait qu’il était, et de loin, le meilleur compagnon de luxure qu’il avait fréquenté jusqu’à présent. Quand il se donnait à lui, Pierre ne pensait plus à rien : le loyer à payer, les études chiantes à mourir, les courses à faire, la famille à contacter… Tout cela n’était plus que chose tout à fait mineure ; il était entièrement dévoué au plaisir de Clotaire, dont il voulait être également le meilleur amant, ce que Clotaire pensait sincèrement ; il adorait s’envoyer en l’air avec Pierre, pas seulement parce que c’est un bon coup, mais aussi parce qu’il le laissait dominer le jeu, ce qui ne faisait que l’exciter plus intensément que jamais.

Après avoir beaucoup donné, Clotaire ralentissait le rythme pour s’extraire de Clotaire, la queue encore raide ; bien qu’un peu éprouvé par cette première série de coups de rein, il avait encore envie de profiter du cul de son hôte, qui se retournait vers lui pour l’embrasser avec passion, déjà motivé pour poursuivre leurs rapports intimes.

- T’es le meilleur amant que je n’ai jamais eu, confia Pierre, assez essoufflé, en enlaçant son compagnon qui le rit à son tour dans ses bras.
- Je pourrais dire la même chose de toi, répondit sereinement Clotaire tout en caressant le dos puis les fesses de son condisciple. Tu veux que l’on s’accorde une petite pause ?
- Sûrement pas ! J’en veux encore, je trouve que tu peux faire davantage…
- J’espère que tu ne comptes pas me mettre au défi.
- C’est pourtant mon ambition…
- Au moins, tu ne devras pas dire que je ne t’ai pas mis en garde.

Sur ces mots, Clotaire s’étais assis sur la chaise qui jouxtait le bureau de Pierre, entrainant celui-ci pour le positionner au-dessus de sa queue, encore bandée. Autant ce fut jusqu’à présent plutôt sauvage, autant cette fois-ci les choses reprenaient avec davantage de tendresse, puisque les deux amants se consacraient à l’échange d’un baiser fleuve et passionné, liant leurs lèvres tout en caressant leurs joues respectives.

- Tu sais que cela ne me déplaît pas quand tu es aussi tendre ?, se plaisait à demander Pierre.
- Oh… Et tu me préfères en « mec attendrissant » ou en « mâle dominateur » ?, suggéra Clotaire, le regard appuyé.
- Je suis obligé de choisir ?
- Non… Mais au moins je saurais où vont tes préférences.
- Franchement, je ne tiens pas à ce que tu le saches ; c’est un peu ma part de mystère, je trouve ça assez attirant…
- OK… Parce que moi, je l’avoue, je suis assez grisé par le côté « dominateur ».
- Mais tu n’es pas dégoûté quand il s’agit de faire preuve de tendresse, n’est-ce pas ?
- Oui… Ce n’est pas faux.

Et reprenant le cours de leurs rapports, les deux amants s’échangèrent un long baiser tout en laissant leurs mains parcourir leurs corps aussi chauds que ne l’était leur désir. Assis face contre celle de Clotaire, Pierre, par une manœuvre assez subtile, parvint à placer son cul sur la queue de son mec ; il eut cependant plus de mal que d’ordinaire à faire entrer celle-ci car, il fallait l’admettre, Clotaire était doté qu’une queue assez impressionnante. Cela étant, et après un petit exercice manuel qui nécessita patience, celui-ci parvenait à insérer sa queue dans le cul de Pierre, tout en offrant un baiser tendre à celui-ci. La cadence était moins rapide, moins tendue. Il s’agissait plus, cette fois-ci, d’une sorte de communion amoureuse, leur but n’étant plus de se faire du bien mais juste de s’abandonner dans les bras l’un de l’autre. Quand tout à coup…

- Je crois que je vais jouir…
- Je vais me décaler, je veux que tu jouisses sur mon cul…
- C’est comme tu veux, mon gaillard !

Et comme promis, Clotaire se laissait aller sur les fesses de son partenaire, qui recueillaient à présent le précieux liquide séminal de son amoureux. Le dominant du couple, épuisé, se redressait pour embrasser celui qui venait de lui faire débuter la journée de la meilleure manière qui soit…

- Tu ne m’avais pas parlé d’une surprise tout à l’heure ? rappela Pierre, encore aux anges après cette délicieuse partie de jambes en l’air.
- Si… Et j’ai toutes les raisons de croire que vas être comblé !, répondit Clotaire, le ton enjoué.
- Mon Dieu, qu’est-ce que c’est ? Un voyage en amoureux ? Un week-end avec toi ?
- Mieux, mon garçon ! Bien mieux que cela !
- Tu sas que je bouille d’impatience, là ? Crache donc un peu le morceau, que diable !
- J’ai enfin terminé notre exposé !
- …
- Avoue que c’est génial, non ?
- Super…, lâcha le jeune homme blasé.
- Je me doutais que t’allais sauter au plafond… Du coup, je te l’ai apporté, tu vas me dire ce que tu en penses.

Sur ces mots, Clotaire se détourna de Pierre pour fouiller dans sa sacoche ; d’une serviette de couleur grise, il sortit un lot qui semblait comporter une dizaine de feuilles qu’il tendit à Pierre. Force est de constater qu’il avait tenu parole : l’exposé était terminé. Et quel exposé ! Treize feuilles, trois grandes parties et trois sous-parties, une introduction parfaitement claire et soigneusement rédigée, des références précises, des points de comparaison plus que pertinents… Avec un tel travail, les deux jeunes hommes ne pouvaient pas que s’en sortir honorablement : ils pouvaient carrément solliciter une récompense. Pierre n’en revenait pas… Plus il feuilletait les feuilles, plus il se rendait compte à quel point son partenaire avait réellement bossé. Quand il levait enfin les yeux des feuilles, il se rendait compte que son partenaire s’était déjà rhabillé…

- Franchement, je…
- ‘‘Je te remercie mon amour pour ta contribution tout à fait exceptionnelle qui méritera récompense exceptionnelle une fois la note obtenue’’ !
- Tu m’enlèves les mots de la bouche, là !
- Je sais, je sais, j’ai ce talent… Bon, blague à part, qu’est-ce que tu en penses ?
- Ce que j’en pense ? Mais j’en suis scié ! Et le pire, c’est que de mon côté, je n’ai proprement rien glandé…
- Ne dis pas ça, s’te plaît. Ce n’est pas ment flagrant, mais tu m’as beaucoup aidé, sans quoi, de toute manière, je t’aurais laissé sur le bord du chemin.
- Même alors que je te satisfais au pieu ?
- Je ne suis pas du genre à mélanger le boulot, et la vie privée, tu devrais le savoir…

Ils s’échangèrent de nouveau un tendre baiser puis Pierre fit vite d’enfiler un caleçon pour préparer deux cafés, que tous les deux burent rapidement. Puis l’un et l’autre quittèrent le studio de Pierre pour sortir à l’extérieur, d’autant que, bien qu’il faisait frais, le soleil était au rendez-vous. Côte-à-côte, les deux amoureux discutaient, refaisaient le monde, évoquaient leurs cours respectifs… Tout en marchant, Pierre avait remarqué que son compagnon semblait désormais plus distant. Ce qui l’intriguait, évidemment.


- Quelque chose ne va pas ?
- Hein ? Pourquoi me demandes-tu cela ?
- Je ne sais pas trop… A vrai dire, j’ai l’impression que tu es soucieux…

Clotaire semblait s’apprêter à prendre la parole pour parler de cela mais se ravisa soudainement, regardant par terre et réfutant que quelque chose le tracassait.

- Je suis juste un peu fatigué, ces temps-ci…
- Ah ?
- En même temps, je dois bien avouer qu’à te baiser comme je l’ai fait tout à l’heure, tu ne me rends pas la vie facile, lâcha Clotaire, en souriant à son cher et tendre, qui lui donnait en retour le même sourire amoureux, presque adolescent.
- Tu veux qu’on fasse quoi du coup ?
- Je ne sais pas… Peut-être pourrions-nous aller au ciné ?
- Pourquoi pas… Mais je ne sais pas s’il y a grand-chose, par contre !
- Moi non plus mais on s’en fiche. Au pire, nous verrons bien ce qu’il en est… Tant que je suis avec toi.

Le sourire qu’accordait Clotaire à son accompagnateur après ce mot tendre était tellement craquant qu’il pouvait faire fondre un iceberg. Pierre aurait tout donné pour l’embrasser mais se faisait violence pour ne pas le faire ; il savait Clotaire assez réticent à l’idée d’assurer leur couple. Alors, il évitait, préférant savourer le moment à sa manière. Il se plaisait à les imaginer amoureux, se tenant la main dans la ville, sans craindre les réactions aux alentours, se moquant éperdument de ce que pouvait bien penser tel ou tel ; un monde dans lequel assumer son amour pour une personne du même sexe, sans qu’il n’y ait volonté de provocation, sans qu’il n’y ait de vulgarité… Il enrageait que cela ne pouvait se faire aussi facilement.

- Tu penses qu’un jour, nous n’aurons pas à nous cacher ?, demanda t-il subitement à Clotaire.

Les deux jeunes hommes s’arrêtèrent à quelques pas de la prochaine salle de cinéma ; ils s’échangèrent un regard assez surpris, l’un étant étonné de cette question tandis que l’autre se demandait pourquoi, dans un pareil instant de bonheur, il en venait à cela.

- Disons que… Je crois que la société doit s’habi. Ce n’est pas si facile… Le mariage pour tous vient de passer, mais je crois qu’il faut encore laisser aux gens un temps d’adaptation.
- Pourtant, nous, les gays, on ne demande pas vraiment autre chose que vivre comme tout le monde…
- Tu sais, je ne me considère pas comme gay ; je suis ouvert à ce que mon cœur désire. Pour l’instant, je suis très heureux avec toi et je n’ai pas envie d’aimer quelqu’un d’autre mais pour en revenir à cela, je me dis que la communauté gay elle-même peut, parfois, ne pas nous faciliter la vie…
- Tu veux dire quoi par là ?
- Reconnais que, parfois, la provocation, la revendication, tout cela ne nous aide pas… Je ne suis pas contre l’idée de me marier à un homme et je rêve, comme beaucoup de gens, d’avoir des s. Mais, par exemple, la PMA et tout cela… Je crois vraiment qu’on n’avait pas besoin d’évoquer dès maintenant ce sujet car la société, déjà très divisée sur la question des droits homosexuels, n’avait sans doute pas besoin de ça.
- Ben dis donc… Tu n’es pas un sacré militant, toi !
- Je suis très amoureux de toi et je suis heureux d’être à tes côtés quand cela arrive ; mais ne compte pas sur moi pour participer à la Marche des fiertés…

A la fin de ce dialogue impromptu, Pierre ne put s’empêcher d’assumer sa surprise, que Clotaire cherchait à atténuer en ponctuant son argumentation par un sourire assez gêné ; peut-être que lui-même s’attendait à avoir ce genre de conversation avec son amoureux, mais Clotaire a pour lui d’être quelqu’un d’honnête et droit ; jamais il n’approuverait quelque chose qu’il n’estimerait pas et Pierre s’en doutait. Mais cela, somme toute, avait une importance assez relative… L’essentiel pour lui, c’était d’avoir entendu, de la bouche de Clotaire, que celui-ci l’aimait de tout son cœur et que le militantisme gay ne devait rien changer à cela.

Tous les deux entrèrent dans le cinéma, situé dans un grand centre commercial ; sur leur chemin se trouvait Caroline, l’amie de Pierre, que le couple ne pouvait éviter ; autant Pierre semblait content de la trouver, autant Clotaire semblait déjà mal à l’aise, comme s’il préférerait que cette rencontre n’ait pas lieu pour que l’on puisse soupçonner son aventure avec Pierre. Mais il ne put faire demi-tour car, non seulement, cela pourrait attirer les soupçons, mais en plus, fausser compagnie n’est pas son genre.

- Eh ! Salut, vous deux ! Qu’allez-vous voir comme film ?, demanda la jeune femme à l’adresse des deux garçons.
- On ne sait trop rien… On vient voir ce qu’il y a, en fait, répondit Pierre qui ne soupçonnait pas le malaise ambiant chez Clotaire.
- OK… Si vous aimez Polanski, il y a « La Vénus à la fourrure », mais sinon, je ne suis pas sûre que le reste vous attire.
- Tu sais quoi ? On va regarder nous-mêmes, sourit Pierre.
- Ça marche, pensait conclure le jeune homme.
- Eh bien, bonne séance, les amoureux !

Immédiatement, Clotaire se figea littéralement pour changer radicalement d’aspect ; il avait à présent le visage rouge, rouge de ce qui devait être une immense colère liée à l’incompréhension de la situation. Cela n’a pas manqué d’étonner Caroline et son ami qui, cependant, venait de saisir la gravité du moment.

- Je peux savoir de qui tu tiens cette information ?, demanda Clotaire d’un ton si glacial qu’il en fut presque saisissant d’effroi.
- Heu… Eh ben… De… Je le tiens d’Amandine, en fait… Elle…, balbutia Caroline avec toutes les peines du monde.
- « Elle » quoi ?! Tu veux un coup de main pour la suite de ta phrase ?, enrageait déjà le jeune homme qui n’en revenait pas de cette confrontation.
- Elle m’a dit qu’elle savait… pour vous deux. Que Pierre lui avait dit lui-même.

Le visage encore marqué par la colère, Clotaire tourna sa tête vers celle de Pierre, qui ne savait pas où se mettre.

- Tu peux m’expliquer, je te prie ?

Pierre ne voulait qu’une chose : mourir ou disparaître sous terre tant il était gagné par la honte, tel un ramenant une bien mauvaise note à l’un de ses parents ; le climat fut si délétère que Caroline, sur la pointe des pieds, recula légèrement pour les laisser seul à seul.

- Je… Je ne sais pas quoi te dire… Je suis désolé, je…
- Je croyais que nous étions d’accord pour garder cela secret mais visiblement, j’étais le seul ayant ce point de vue.
- Non, écoute-moi… Je suis vraiment désolé… Pardonne-moi, je t’en prie…
- Pour l’instant, je pense qu’il vaut mieux séparer nos chemins. Cela vaudra mieux ; autant pour toi que pour moi.
- Non, reste avec moi… Pitié, vraiment ! Je ferais tout pour que tu me pardonnes.
- Pas la peine de remuer ciel et terre pour me convaincre, vraiment.

Clotaire se détourna de Pierre pour gagner la sortie du centre commercial avant de rentrer chez lui. Puis il s’arrêta pour faire demi-tour. Il s’avança vers Pierre qui, tout heureux, pensait qu’il allait vers lui pour accepter ses excuses. Il allait déchanter…

- Pour ce qui est de l’exposé, je t’écrirai via Facebook.

Et le jeune homme avait pris le même chemin pour regagner son domicile. Pierre ne pouvait le voir, mais à cet instant, Clotaire, submergé par l’émotion, se reprenait sèchement pour dissimuler ses larmes ; il se sentait trahi par Pierre et ne tolérait pas de voir l’existence de leur aventure déjà connue. Il était bel et bien pressé de rentrer chez lui pour oublier tout cela, ou au moins tenter. Sinon pour pouvoir pleurer sans que cela ne puisse être vu par un quelconque public.

Quant à Pierre, il était désespéré. Il venait de prendre conscience que son amour venait de lui échapper. Il aurait volontiers tout donné pour trouver la force de le rattr afin de le convaincre de ses regrets, mais c’est comme si une force naturelle avait suffisamment de poids pour l’en empêcher. Lui ne pouvait cacher ses larmes ; il venait d’assister, impuissant, à la destruction de son couple. Il était désormais persuadé que Clotaire ne lui pardonnerait jamais cette confidence maladroite et que plus jamais il ne voudrait le voir. Il sortit de sa poche un mouchoir visiblement usagé pour sécher, il est vrai maladroitement, les larmes qui parcouraient ses joues pour les rendre humides et chaudes. Le cœur aussi lourd qu’une enclume, la démarche laborieuse, il s’en allait prendre le chemin de son studio. Puis il s’arrêta au parc avoisinant. S’asseyant sur un banc, il vit un jeune couple s’embrassant avec la passion que seul l’amour pouvait susciter. L’image le terrassait tellement qu’il se mit à pleurer réellement. Pour la première fois, il comprenait que l’amour avait également le pouvoir de conduire à la souffrance la plus absolue.

[A suivre…]



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